La voix de Graine

Aujourd’hui, c’est dimanche. Je n’irais pas à la messe. Les messes sont interdites.
De toute manière, cela fait des années que je n’y vais plus. ça rime à quoi ce standing up devant les lieux de culte? De fait, personne n’accepte vraiment que son quotidien soit modifié, quelles que soient les circonstances.
Je ne peux pas m’empêcher de regarder les chiffres tous les jours. C’est morbide, ce comptage quotidien du nombre de morts, du nombre de malades, du nombre d’hospitalisations, du nombre de mises en réanimations…La France est en bonne position. Sommes-nous des mauvais élèves? Nos dirigeants font ce qu’ils peuvent. Bien sûr, certaines décisions sont discutables! Ils font avec la population qu’ils ont. La population, c’est nous. Une population vieillissante, rétive à tout règlement, défiante envers les politiques. Une population râleuse, négative, toujours prête à la critique et à la revendication.
Dehors, les feuilles mortes se ramassent à la pelle comme chantait Jacques Brel. Et les arbres n’en font pas toute une histoire. Peut-être qu’ils pleurent, un temps. Mais très vite, ils se préparent à accueillir de nouvelles pousses qui vont se nourrir des feuilles d’hier et de l’humus produit. Nous, les humains, nous nous croyons au dessus de tout. Les buis sont décimés depuis des années par les chenilles. Les frênes meurent de la chalarose, champignon venu de l’Asie du Sud-est. Qui s’en soucie à l’exception de quelques botanistes férus d’écologie? La race humaine aussi va disparaître. Peut-être décimée par une épidémie. Ou par autre chose. Mais nous disparaîtrons. Nous faisons partie de l’éco-système, comme les arbres, comme les animaux. Notre spécificité, c’est de nous croire supérieurs à toutes les autres espèces, c’est de nous croire immortels et irremplaçables. Et surtout de ne pas respecter les autres espèces. Pire, nous nous détruisons les uns les autres.
Je lis actuellement un excellent roman: Petit pays, de Gaël Faye. C’est l’histoire d’un petit garçon qui se retrouve dans la guerre civile au Burundi. L’oeil d’un enfant face à la guerre. Des enfances brisées. Des vies brisées. Et ça continue, dans tous les coins du monde. Comment cela pourrait-il s’arrêter?
Bon moi, j’arrête. Ce n’est pas comme ça que je vais te remonter le moral, Lilie. Notre rôle à nous, les femmes, les mères, les épouses, les copines, c’est de soutenir nos proches, de leur rendre la vie plus légère et plus douce, de faire circuler l’amour et la bienveillance, en ne nous oubliant pas au passage. Une vie au jour le jour, sans rien d’extraordinaire. Juste un peu d’humanité partagée. C’est déjà beaucoup. Pour les voyages, et les sorties, il nous faut attendre.
Ce matin, jogging sur le bitume. Je déteste ça. ça me casse les mollets. Mais l’exercice m’est indispensable.
Puis le repas du dimanche avec ma fille, ma petite fille. Un curry d’agneau pour la touche exotique, curry de lentilles en version vegan, avec une tarte au chocolat. Des plats pour se sentir bien. Mon fils sur la toile, avec mon petit fils, ma belle-fille.
Demain une nouvelle semaine de confinement commence. La 3ème. Quand tout cela finira-t-il?

La voix de Lilie:

Que dire après toi, Graine… La barre est haute. Les Français d’aujourd’hui sont nés dans une France sans guerre, après 68 et son balayage de l’ancien monde. Dans notre population, seuls nos aînés, pour ne pas employer de terme vulgaire comme nos vieux, ont connu la guerre et ses traumatismes lorsqu’ils étaient enfants. Cette génération s’est battue pour que nous puissions vivre libre. Puis la génération suivante a usé et abusé de cette liberté, a élevé une génération d’enfants rois auquel on ne refuse rien. De nos 3 mots emblèmes ne reste que liberté et encore, individuelle. Terminées depuis longtemps l’égalité, la fraternité qui nous feraient vivre plus sereinement ce temps de crise sanitaire.

Se respecter les uns les autres, s’entraider. Pourtant on voit fleurir des initiatives dans ce sens. Elles restent marginales, mais le courant est en route. Ma mère me dit toujours, la vie est un balancier, tic tac, le bien gagne, tic tac, le mal revient. Pendant des années nous n’avons pas voulu voir se détruire la qualité de nos produits et de notre nature par le profit. Trop occupés à profiter de tout. Il est temps de payer le prix de cette insouciance. Laisser quelques uns faire de notre monde une poudrière insalubre a été notre crime. Les laissés pour compte se rebellent, nous attaquent, nature comprise.

Tic, tac, le temps des cerises reviendra avec son merle moqueur, ah ah ah ah…

17 jours, et déjà un cerveau bien attaqué !