La voix de Graine

Le jeudi, ça sonne comme « je dis » …ou comme « jeu, dis? » Tout pour échapper au confinement et à ses jeux interdits.
Pour les petits commerçants, c’est un jeu de putes. Certains ne vont pas s’en tirer.
Je ne suis pas sortie aujourd’hui, sauf pour aller chez le kiné et prendre du pain.
Cet après-midi, j’ai, enfin, réussi à me mettre dans ma peinture. Je suis soulagée, contente. Même si pour le moment, ça ne ressemble à rien. Cela faisait des jours que je tournais autour. Il n’y avait pas moyen. La nuit est tombée vite. J’ai dû laisser tomber. Faire de la couleur sans la lumière du jour, c’est quasiment impossible.
Toi, Lilie, tu tires les cartes et tu fais plein d’autres choses. Moi, ma bouée de sauvetage, mon voyage intérieur, c’est le dessin, la peinture, l’écriture. J’ai besoin de créer.
Les jours raccourcissent. Le froid et l’hiver arrivent. Je me mets en hibernation. Je ne suis pas sortie faire les courses cette semaine. Le frigo est quasi vide. Bientôt la période des fêtes. Impossible de faire des projets. Il faut attendre et prévoir de s’adapter en fonction des règles que nous donneront nos dirigeants. Attendre, sans oublier de vivre au jour le jour. Le mieux possible.

La voix de Lilie:

Ce confinement d’automne servira a réparer la maison et la nettoyer. Je ne créé pas parce que j’ai perdu mon imagination d’enfant. J’adorerai prendre le temps de dessiner ou surtout écrire, mais je ne trouve pas ma place ni ma tranquillité pour le faire. Alors je me lance dans tous les chantiers qui attendent depuis des lustres. Fuite dans le toit, volet roulant bloqué, adoucisseur fatigué, grand ménage. Chaque résolution m’apporte une grande satisfaction. Et lorsque nous pourrons sortir, je me lancerai dans des choses beaucoup plus agréables avec la conscience tranquille du travail accompli.

J’ai quand même pris le temps de ramasser et faire sécher les feuilles mortes de toute la palette des couleurs de l’automne. Je verrai bien si j’en sors quelque chose avant le printemps !

Le contact des autres commence à me manquer. Les rires, les repas, les sorties. Comme tout le monde. Je me raccroche au provisoire de la chose. Nous sommes déjà en novembre, l’année est passée tellement vite, qui l’aurait cru en avril ? Nous serons vite derrière cette pandémie. Changés à jamais, mais libres de nouveau. Bientôt.