La voix de Graine

Le gris, en couleur dominante et la douceur. Ce matin, j’essaie de dessiner, les bateaux, le Grau du roi d’après une carte postale que m’a envoyée ma soeur. J’utilise des pastels Caran d’Ache. La couleur, pour me sortir de cette grisaille qui me pénètre par toutes les pores de la peau. Ma soeur au téléphone. Elle s’inquiète pour sa fille. Des études brillantes. Deux ans de travail et déjà l’envie de changer de cap. Pour le choix des études, une envie, des aptitudes, une projection dans l’avenir, des valeurs, la promesse d’un travail épanouissant. Parfois, la réalité du travail s’avère tout autre. Combien sont-ils ceux qui exercent un métier qui leur convient, qui répond à leurs attentes, qui les fait grandir? Dans une vie professionnelle, il y a souvent des moments avec et des moments sans. Mais c’est normal de s’interroger. Quand on peut trouver un meilleur rendement en terme de bien être au travail, pourquoi s’en priver? Je souhaite à ma nièce de réussir.
Est-ce l’appel de ma soeur ou le gris du ciel? Le blues m’envahit. Il rend la journée longue et difficile. Je n’ai toujours pas réservé pour notre escapade. En début d’après-midi, j’ai été prise de doute: la météo, les activités… Quand j’ai enfin appelé, il était trop tard. Je dois rappeler demain matin.
J’ai passé une partie de l’après midi à chercher un vêtement pour une petite fille de 9 ans. Un temps clément propice à la balade, des envolées de moineaux au dessus des immeubles. Dans les magasins, beaucoup de monde. Encore plus à l’approche de l’heure du couvre-feu. Je ne voulais pas rentrer les mains vides. J’ai trouvé. Un petit short en velours. Demain, je pourrais poster mon colis pour ma petite nièce et ses deux petits.

La voix de Lilie:

Ce soir petite fille vient dormir. Après mon télétravail du jour, je pars la promener. Je lui parle, elle chante dans sa poussette. Ce soir le ciel est magnifique. Le coucher de soleil offre des teintes grises illuminées de rose. Je prends quelques photos pour essayer de capter cette lumière. Il fait bon. Les gens rentrent chez eux avec leurs enfants. Il est l’heure du couvre feu. Nous rentrons aussi jouer un peu et faire le repas.

Aujourd’hui ma mère s’est faite vacciner. Elle nlus a envoyé une photo du moment fatidique. C’est la première de la famille à y avoir eu droit. Privilège de doyenne. Elle attend le rappel pour pouvoir enfin embrasser ses enfants. Ensuite, elle est rentrée chez elle et elle a fait des crêpes parce que c’est la chandeleur. Elle a gardé l’envie de se faire plaisir en cuisinant. Et l’envie de se faire des crêpes le jour de la chandeleur.

Mes billets de train sont arrivés. Si pas d’annulation d’ici vendredi, je pourrai louer une voiture. A défaut d’une escapade, je verrai ma famille, ma nièce qui attend son bébé, ma cousine, mon père, ma mère.

Tu as de la chance Graine de pouvoir colorer ton gris, moi, le covid a stoppé net mon apprentissage après 3 cours. D’être créative, de passer du temps hors de tes pensées. De te reposer le cerveau.

De plus en plus de jeunes tournent le dos à des carrières toutes tracées. Leur quête n’est pas dans le salaire. Elle est dans le sens, dans le plaisir de faire. Est-ce parce que les entreprises ne leur offrent plus de perspectives enrichissantes ? Est-ce parce que nous les avons éduqué dans le bien-être et la recherche du bonheur ? Parce que nous leur avons trop donné ? Ils sont moins dociles que nous pouvions l’être, moins enclin au sacrifice ? Ou surtout parce qu’ils ont compris que maintenant l’entreprise ne les considère plus que comme des ressources interchangeables et qu’ils veulent exister et surtout vivre.

Petite fille s’est endormie. J’espère que la nuit sera complète….