La voix de Graine

La chance: un rayon de soleil en début d’après-midi, comme une lueur d’espoir dans cette morosité ambiante.
Ce matin, nous voyons les artisans qui ont oeuvré pour nous faire une maison plus belle. A 9 h, l’électricien. A 11 h 45, le maçon avec sa femme et ses deux petits. Après avoir fait le tour de la maison, nous ouvrons une bouteille de champagne pour arroser la fin des travaux. Mon mari et moi, nous aimons ce contact avec ces gens qui travaillent de leurs mains. Nous comptabilisons nos bêtises, nos mauvais choix. Nous apprenons. L’installation électrique que nous avons faite ne nous autorise qu’une cuisinière à gaz. Notre station d’épuration est en rade, il nous faut soit changer la pompe, soit la réparer. Bref, notre maison nous enseigne la patience, la persévérance et nous mange des sous. Mais cela fait travailler les gens du coin et c’est tant mieux. Notre maçon, lui qui aime la pierre, habite dans un mobil-home de 30 m2 avec sa famille.
Avec mon mal de dos et mon rhume, je me traîne. J’ai bien du mal à faire le ménage prévu. Je cale le menu du réveillon avec ma copine. Ouf, elle assume. Je me sens épaulée.
A 16 h, les filles arrivent. La maman malade: un gros rhume avec mal de tête . Elle nous fait un vague coucou et monte se coucher. La petite ne veut pas rester seule dans une pièce et se met à hurler dès qu’elle voit une toile d’araignée. Elle a des yeux perçants. Nous partons faire les courses pour éviter la cohue de demain et laisser dormir ma fille. Ce soir, ce sera soupe et gratin de chou-fleur pour se réchauffer.
De loin j’entends la radio. Je ne comprends rien. Voilà maintenant qu’on reproche à nos dirigeants de ne pas vacciner assez vite. Mais hier, certains disaient qu’il ne fallait pas vacciner parce qu’on manquait de recul sur le vaccin. A la campagne, ces débats lointains me paraissent inutiles, mesquins et stériles. Il y a tout de même mieux à faire que de tergiverser sans arrêt sur les actions engagées.
Cette année, pas de réveillon avec les graines. Mais, en pensée, je serais avec elles pour croire en 2021. Pour croire à l’amitié, à la solidarité et au bien vivre ensemble, et au bien rire ensemble.

La voix de Lilie:

Je profite du dernier petit déjeuner avec ma soeur. Nous parlons à baton rompu de tout et de tout comme seules les filles savent le faire entre elles. Du travail dans lequel on ne croit plus, du temps qui file avec cette année qui s’en va, des enfants qui n’en sont plus ou presque. De nos désirs, de notre recherche de qui nous sommes, serons, serions, étions. Déjà il est temps de partir. Elle est triste de rester seule, elle aime être entourée. Les temps sont difficiles pour la proximité aux autres.

Il pleut à verse au début du parcours, puis le soleil fait son apparition et envoie quelques clins d’oeil. C’est une belle journée d’hiver, fraîche avec une belle lumière. Pour agrémenter le trajet, nous faisons un petit détour pour trouver une poste et renvoyer en colis express le téléphone de ma sœur que j’ai découvert au fond de mon sac…. 😱 Il m’arrive de plus en plus souvent de faire des choses en mode automatique sans être concentrée et sans enregistrer. C’est inquiétant. En tout cas, je n’ai pas souvenir d’avoir pris ce téléphone. J’ai dû le confondre avec le mien. Bref. Cerveau lent.

Il y a toujours autant de monde sur les aires d’autoroute. Je ne comprends toujours pas pourquoi les gens s’entassent dans ces aires où on mange mal pour très cher en cette période où l’on doit s’isoler au maximum. Alors qu’en achetant un peu de pain et de jambon, en prenant quelques fruits on peut s’arrêter où on veut et même déjeuner dans la voiture pour éviter le monde. Bref, la pandémie n’est pas prête de s’arrêter avec de tels comportements.

Je profite du voyage pour chercher des recettes et faire la liste des courses pour le réveillon. Pas de temps perdu. Cette année la température sera plus basse, les graines éparpillées. Déjà un an, nous étions toutes réunies à la Réunion ! Quel merveilleux souvenir. Etre ensemble, dans cette ile merveilleuse, à la chaleur. Piscine, mer, fruits, rires, promenades, rhum.

Enfin, nous arrivons à la maison. Fin de l’escapade. Retour à la réalité. Défaire les valises, lancer les machines, et faire les comptes !