La voix de Graine

Bercy village vide, sans illuminations, sans clients, un jour de black friday!
Les restaurants sont fermés, la pluie fine rend les pavés glissants.. C’est mon mari qui a insisté. Je lui ai dit: s’il y a du monde, on se sauve. Depuis presque un an, les magasins et moi, on se tient à distance. A vrai dire, je n’éprouve aucun manque. Nous avons trouvé des vendeurs déconfits qui attendaient le chaland. Qui plus est, l’incertitude ambiante fait qu’ils ne sont plus livrés. Ils n’ont plus de stock. C’est un vrai bazar.
La pizza du soir nous réconcilie avec la vie. Manger est encore une chose qu’on peut faire sans prendre trop de risque et en prenant du plaisir.
J’ai cherché Simon Azkarian sur la toile, je ne l’ai pas trouvé. A la place, j’ai trouvé Simon Abkarian. Ce doit être lui dont tu parles Lilie, avec son dernier spectacle créé au Théatre du soleil. Le théatre du soleil, Ariane Mnouchkine. J’ai vu l’année dernière « une chambre en inde » à la cartoucherie. A l’entrée, Ariane Mnouchkine saluait les spectateurs. 3 h 45 de spectacle. Nous étions entrées par hasard, ma copine et moi. Un spectacle étrange et fascinant, complètement représentatif de notre époque déjantée qui se cherche. Entre la méditation en pleine conscience qui entre à l’école et des professeurs qui se font assassiner en parlant de liberté d’expression…
Ce matin, j’ai aidé une copine à compléter son dossier retraite. En début d’après-midi, je suis allée chercher mon sapin dans l’école de ma petite fille. Une partie du prix servira à financer sa classe de découverte. J’ai tellement envie que les petits puissent vivre normalement.
Les journées défilent à toute vitesse. Les listes de tâches à faire se remplissent plus vite qu’elles ne se vident. Me voici à nouveau embarquée dans le tourbillon des jours, dans le tourbillon de la vie.
Au fait, Giscard, c’était aussi les diamants de Bokassa et le Musée d’Orsay…

La voix de Lilie:

Une journée de plaisirs simple. L’émotion de voir ma petite fille esquisser ses tous premiers pas en chancelant. Couronnement de 2 mois d’efforts. A midi, je me gare sur le parking qui donne sur l’école de mon petit fils et j’en profite pour tenter de l’apercevoir. J’observe les plus petits. Il n’est pas là, je ne vois pas ses petites jambes tricotter et son pas que je reconnaitrais entre mille quand il court. Je regarde les petits, leur énergie, leurs cris de joie quand ils jouent. Puis je continue mon chemin pour aller me faire chouchouter une heure chez l’osteopathe et parler enfin en dehors de mon cercle. Au retour, je croise mon fils pour un café ensemble. Enfin, passer une heure au téléphone avec ma sœur et repartir dans notre monde à nous. Refaire le monde, chercher à retrouver notre moi perdu dans les années travail enfants…. Finir par le même repas que Graine, pizza pour tenir au corps. Une journée grise et froide par le temps, douce et tiède par le contenu.

Moi aussi je me rends compte que je n’ai plus envie d’aller dans les magasins. Plus envie d’acheter. De m’encombrer de matériel. Ni même de choisir des vêtements. Mes derniers achats sont cocooning comme un gaufrier, et encore: marque française commandé sur un site français… Ou environnementaux comme la réservation d’un composteur auprès de notre organisme de traitement des déchets. Il me semble qu’un cap a été franchi. Trop de vente forcée, trop de publicités mensongères, trop de mauvaise qualité ont tué l’envie. Non, là je rêve seulement de voir du monde, de parler, de danser et surtout de rire de rire de rire…. Vivement lundi.