Vendredi veille de week-end. 39 ième jour de prison, euh non, de confinement.
J’ai une pensée pour ceux qui vivent la prison. Détenus politiques, enfermés parce qu’ils ne partagent pas les opinions de leurs dirigeants autoritaires, ou qu’ils se trouvent à un endroit où ils ne devraient pas être. Comment font-ils pour regarder devant, pour continuer à espérer? 40 jours de confinement, cela me paraît déjà tellement long, tellement pesant. Et pourtant, nous avons le droit de sortir, avec notre autorisation bien sûr. Ne pas pouvoir serrer ses enfants et ses petits enfants dans ses bras. Hésiter à aller chercher une pizza parce que ça craint. Faire la queue une demie heure à la Poste pour poster un colis. Etre privée de sortie copines. Mettre un masque pour aller acheter son pain…
Nous avons de quoi manger et l’appartement est confortable. Je ne suis pas dans une cellule de 10 m2. Certains si.
Je me suis essayée à peindre la forêt canadienne d’Emilie Carr. C’est toujours besogneux, mais le temps devient autre, plus fluide. Je m’échappe ailleurs, dans la nature que j’aime.

La voix de Lilie:

Encore une belle journée aujourd’hui. Pour les confinés de jardin, le bronzage est de rigueur. Jamais on n’aura vu de salariés avec si bonne mine au printemps.

Depuis ce matin, Mr et Mme tourterelle se relaient beaucoup plus souvent. Dans le nid, deux oisillons sont nés ce matin. Le ballet des parents est captivant. Allongé près de son petit, la tourterelle semble encore couver. Juste une minusule tête duveteuse dépasse parfois. Au sol, de tous petits éclats de coquille, comme de minuscules pétales de fleurs temoignent de la naissance. Esperons que mère nature leur prête longue vie.

La municipalité commence la distribution de masques. Égalité hommes-femmes visage caché. Plus de polémique, tout le monde masqué, même et surtout dans l’espace public.

Tout a changé. La moindre petite habitude est enrobée de confinement. Bien étalée sur notre tartine de certitudes.