1er jour de crèche

Aujourd’hui, c’est la crèche. 1er jour. Une période d’adaptation de quinze jours. Mon fils a pris des congés. Je suis relevée de mes fonctions. Finie, la garde journalière de mon petit fils. Je suis contente de tous ces jours passés à m’occuper du petit bonhomme. Fatiguée aussi. « Je ne me suis jamais autant occupée de vous », ai-je dit à mon fils l’autre jour. Entre le temps de travail, de ménage, de cuisine, passer du temps à jouer était un luxe que je ne permettais guère avec mes enfants. Je le regrette. Mais comment faire? Submergée par les tâches à faire, sous pression, sans soutien familial autre que celui de mon mari, j’ai tout fait pour faire face, pour garder la tête hors de l’eau, pour offrir la meilleure vie qui soit à mes enfants.

Cela fait 3 mois que je m’occupe de lui. Nous nous connaissons bien à présent. Je sais quand il a faim, quand il a sommeil, quand il a besoin des bras, quand il veut que je joue avec lui. Il y a 3 mois, il peinait à rester assis et se retournait avec difficulté. A présent, il crapahute dans tout le salon, se précipite vers tous les endroits interdits, danse sur la musique avec les fesses, se met debout dès qu’il le peut. 9 mois depuis le 4 octobre. Déjà un petit homme. Un petit homme qui grandit. Un petit homme qui va me manquer.

Jour de relâche

Le lundi, c’est mon jour de relâche. Je ne garde pas mon petit fils. En principe …
J’en profite en général pour m’échapper et laisser la place à ma belle-fille.
Aujourd’hui, c’est jour de relâche. La maison est vide. Les copines n’ont pas répondu à mes sollicitations. Je n’ai aucun engagement. Mon temps est libre. Je suis libre. Libre de faire les carreaux ou de faire la sieste. Libre de faire la cuisine pour ce soir ou de m’échapper pour prendre le frais dans un jardin. Stores baissés, je suis dans la pénombre. Un jour d’été avant l’automne. Un jour de rien, un entre-deux. J’ai listé les choses à faire: tâches ménagères, envies, loisirs. Tout est dans ma tête. Je vais piocher au gré de mon humeur. Jour de relâche: Aujourd’hui, j’ai le droit de choisir.

Mes chers enfants

La maison est vide. Vous êtes en vacances. Tous. Enfants et petits-enfants. J’ai récupéré le chat. Il faut bien que je m’occupe tout de même. La maison est vide. Enfin, de votre présence physique. Des traces de vous partout. Du linge, des jouets , de la nourriture. Notre maison est la vôtre. Et c’est bien comme ça. Votre père et moi, nous sommes heureux de nous serrer pour vous faire de la place.
La fatigue se dispute à l’ennui. Vous me manquez déjà. Vous prenez tellement de place. La canicule aidant, je n’ai plus d’énergie. je me laisse envahir par l’ennui.
Hier encore, je construisais des cabanes dans le petit bois au dessus des vignes derrière chez nous à Peyret. J’aimais cette terre rouge, ces collines rondes, ces grains de raisin grenat et chauds grapillés après les vendanges. Après la construction de la cabane, nous nous y installions sur un lit de feuilles pour prendre le goûter. Avec Catherine ma soeur et mon frère Jean-Philippe. Je faisais la maîtresse.
C’était hier. J’avais 10 ans à peine.
Le temps a passé. Si vite. Comme un livre feuilleté à la va-vite. Me voici à la tête de toute une famille.
Mes chers enfants. Vous prenez toute la place. J’en suis tout à la fois comblée et perplexe.
Vous avez vos manières de faire, vos idées, vos envies, vos contraintes…Vos désarrois m’émeuvent. Vos débordements me rappellent les miens autrefois. Vos projets m’enthousiasment. Je suis en admiration devant votre énergie. Je partage vos fragilités. Vous êtes vivants. Vous êtes mes enfants. Ceux que j’ai portés dans mon ventre mais qui ne m’appartiennent pas. Vous vous appartenez.
Je sens bien qu’il est de bon ton que je ne vous encombre pas de mes opinions. C’est légitime. Vous êtes des adultes, responsables, en charge d’enfants vous-même.
Parfois, je vous entends ici et là m’adresser des conseils et des recommandations…Etonnement, perplexité, doute. Ne suis-je pas adulte? Ne suis-je pas responsable? Ne suis-je pas à même de mener ma vie à ma guise? Je repense à mon père. Dans son âge avancé, Il ne prenait plus part aux conversations lors des repas de famille. Entendait-il mal? Certainement.
Peut-être aussi que notre manière de vivre était trop éloignée de la sienne.
Il se taisait. Il écoutait.
Peut-être aussi l’avons-nous abreuvé de conseils et de recommandations dont il n’avait que faire? Sans aucun doute. Pardon Papa. Sollicitude parfois si proche de l’intrusion. Pas toujours facile de se positionner à la bonne distance – suffisamment proche, mais dans le respect du fonctionnement de l’autre.

1er jour de vacances

Enfin, il est arrivé ce 1er jour de vacances tant attendu. Casser son rythmne, perdre ses repères pendant quelques jours. Avant ça, préparer sa valise, ne rien oublier. Embrasser le chat qui va rester chez lui, solitaire. Enfin, fermer la porte de la maison et laisser l’année derrière soi.

C’est toujours un temps suspendu, un moment de doute. J’ai du mal avec les transitions. Heureuse de partir, de m’éloigner de ces jours de travail qui me pèsent tant et de ces jours de grisaillent qui m’achèvent le moral. Et pourtant, stressée de lâcher mon monde.

C’est parti. Ce soir, hotel spa à Lyon pour se détendre du voyage. J’aime cet endroit, ses piscines bouillonnantes à ciel ouvert. Après un bon bain, aller flaner dans le vieux Lyon et manger dans un petit bouchon. Cette année covid oblige, le masque est partout de rigueur. Pourtant peu le portent dans la rue et les terrasses sont blindées.

Après le repas, promenade de santé pour admirer la vue depuis la colline de Fourvière.

Ça y est, le rythme est pris, le premier jour des vacances s’achève. Je suis détendue. Une bonne nuit là dessus et en avant pour 17 jours de liberté 🗽 !

La fête des mères

Ce jour là, le jour des Mamans, je l’ai détesté, longtemps.
Préparer le repas, faire bonne figure. Bonne mère, bonne épouse. Une femme à sa place. Près des siens, près des fourneaux. Qui se préoccupait de savoir ce que moi, j’en pensais, ce dont j’avais envie? Moi, je ne me sentais pas à ma place. J’étouffais. J’avais envie d’autre chose. J’avais envie d’être moi tout simplement, pas juste une Maman qui fasse bien sur la photo. Pour être tout à fait claire, j’aime mes enfants. Plus que personne au monde. J’étais et je suis toujours prête à faire beaucoup pour eux. Mais ce jour là, c’était le jour de trop. Le jour de la Maman parfaite. Et je n’étais pas, je ne voulais pas être cette Maman parfaite. Alors, je serrais les dents. J’essayais de sourire.
Le temps a passé. Les enfants ont grandi. Ils sont parents à leur tour. Je ne suis plus la Maman aux fourneaux. Recevoir mes enfants pour manger est un plaisir. J’accepte leur « bonne fête » avec émotion, comme un cadeau précieux.

Le départ à la retraite

Un jour, ça y est – c’est fini, le dernier jour de travail, le départ à la retraite souvent précédé de un ou plusieurs mois de congés.
La sortie d’un long tunnel où nous n’avons pas vu le jour ou si peu. Qui sommes-nous? Qu’aimons-nous faire? Qu’est ce qui nous fait vibrer? De quoi avons-nous envie?
Comment répondre à ces questions? Nous n’avons pas pris beaucoup de temps pour y réfléchir. Notre corps fait mal. Il s’est plié aux contraintes du travail, horaires, relations, imbroglios, et aux exigences de nos proches: conjoint, enfants, parents… Il se souvient.
Prendre soin de nous d’abord. Nous écouter. Entendre ce qui résonne à l’intérieur. Et petit à petit, apprivoiser cet espace de temps qui s’ouvre pour en faire un espace de liberté.
Deux ans déjà que j’ai quitté le monde du travail. Je cherche encore mes marques. Je dessine les contours de mes envies. J’ose être moi. Et je suis femme aussi et Maman et Mamie.

Paris à vélo

Dans Paris, à vélo, on dépasse les autos… La complainte de l’heure de pointe. 1972 – Joe Dassin.
Cela faisait plus d’un an que je n’avais pas utilisé le vélo. A cause de ma tendinite de de Quervain au poignet gauche. Cet après-midi, j’ai fait la traversée de Paris, d’est en ouest …sous le soleil.
Des pistes cyclables pratiquement tout le temps, mais jamais au même endroit. A droite, à gauche, sur le terre-plein central , avec la voie de bus …Beaucoup de vélos, qui vont vite. Des trottinettes aussi. Bref, une attention de tout instant est nécessaire, mais je ne regrette pas. C’est plaisant. Je me sens légère et libre. Du côté de Belleville, les odeurs de poisson me poursuivent. Elles sont tenaces. Ce matin, c’était le marché. Le boulevard est encore jonché de détritus.
Je retrouve le Paris que j’aime, malgré les masques, malgré les files d’attentes. Je retrouve le Paris populaire, le Paris qui vit, qui sort, qui respire.
Et ça fait beaucoup de monde dans les rues comme dans tous les espaces où on peut circuler et se poser.

Déconfinement

Vous avez dit déconfinés? Avec ou sans masques?
Depuis le 11 mai, nous sommes déconfinés. Mais le dehors ressemble au dedans. Il est masqué, fermé. Il signifie « danger ».
Privée de ses squares, de ses jardins, de ses terrasses de café, de ses restos, la ville est inhospitalière. Dehors, il n’y a rien à faire. Les limites de l’ailleurs sont à 100 km du domicile. Pas besoin d’aller si loin pour retrouver dame nature. Elle est à la porte de la ville. Foisonnante. Vivante.
Le 11 mai nous a amené une bouffée d’oxygène, ramené nos enfants, nos petits enfants, nos amis les plus proches, le droit de sortir de la ville.
Il m’amène le doute. Il m’amène la peur. Un avenir morose. Je me sens comme un chien qu’on promène en laisse.

Disparaitre

Vous est-il il jamais arrivé d’avoir envie de vous faire si petite, si petite, jusqu’à vous fondre dans l’espace… Jusqu’à disparaître dans le sol. Parce qu’un discours trop violent a ébranlé votre être tout entier, sapé l’équilibre précaire que vous aviez batti année après année, vous a ramené en arrière, à la source de vos maux d’enfants. Parce que vous avez découvert, que non, vous n’avez pas avancé, juste mis la poussière sous le tapis.

Merci Graine d’être près de moi.

L’odeur des roses

J’adore sentir l’odeur des fleurs. Dans le jardin, le lilas et le serynga embaument au printemps, les violettes me frustrent avec leur parfum insaisissable. Dans la forêt, le muguet, m’enchante de son parfum délicat. Mais plus que tout autre, j’adore le parfum des roses. Me plonger toute entière dans la fleur et la respirer à pleins poumons. Ce parfum m’ennivre, m’ensorcele, me donne de l’énergie. Dans le jardin, 2 rosiers, un grimpant avec des roses rouge vif et un buisson aux roses blanches m’offrent régulièrement leurs fleurs odorantes. Je m’arrête devant et je sens. Mon âme s’envole.

Aujourd’hui Graine a peint un tableau qui représente une femme très belle qui respire une rose dans son jardin. Elle ressemble à ma mère lorsqu’elle était jeune. Ce tableau fait remonter en moi l’émotion du parfum des roses et de mon enfance. Je revois ma mère dans son jardin. Magie de la peinture.

Présence

Passent les jours ….

Finalement, passent les jours sans que l’on en soit consciente. Se lever, se coucher, se lever se coucher, la semaine est terminée.

Comment arrêter le temps ?

Etre présente à chaque instant ?

Sans interaction, une demande, une question, un téléphone, un écran et cent mille choses à faire

Oser dire

Penser tout bas…

  • Que l’on préfère travailler que s’occuper des enfants
  • même qu’on préfère un des enfants
  • ou qu’on n’aime pas un des enfants
  • ….
  • Aie… ça se dit pas
  • Qu’on veut se mettre au lit avec un bon livre sans passer par la douche
  • Que les copines sont plus précieuses que notre homme
  • Oups, je le dis pas.
  • ….