15 juin – Mardi

La voix de Graine

Le thermomètre grimpe et mon moral aussi. Tant mieux.

Ce midi, je vais marcher avec ma copine du côté de Bastille. En y allant, à pied, je ne peux pas m’empêcher de rentrer dans une boutique. J’ai besoin d’acheter des vêtements. J’essaye un short, mais je ne peux pas acheter car je suis partie sans un sou. La vendeuse me le réserve. Je repasse en fin d’après midi pour l’acheter. Je complète par un tee-shirt et un haut de maillot de bain. Voilà, je suis prête pour partir en vacances.

Une bière en terrasse avec mon mari qui m’a rejoint. Le bonheur. Les tables sont déjà alignées face aux écrans de télévision. Ce soir, à 21 h, c’est le match France-Allemagne. L’euro 2020!

Après le repas, j’écoute le journal télévisé. Après une menace de disparition, les cigognes sont de retour. 90 % des cigognes mourraient électrocutées dans les lignes à haute tension ou tuées par des chasseurs sur leur itinéraire à l’occasion de leurs trajets de migration. Des systèmes d’effarouchement ont été installés dans les corridors de vols. En Alsace, de 29 couples d’échâssiers en 1980, on est passé à 1000 couples aujourd’hui! On a gagné la bataille contre la disparition des cigognes! Comme quoi, quand on veut….Si on a gagné celle-là, on peut en gagner plein d’autres. Il s’agit de le vouloir vraiment.

La voix de Lilie

La chaleur augmente jour après jour. Il faut rechercher la fraîcheur dans les boutiques, les piscines. Tous les volets sont fermés, on pourrait croire que ce matin tout le monde est resté au lit. La ville est engourdie. Dans les cyprès au fond du jardin une cigale essaie de chanter. Elle crisse, s’arrête, repart. On dirait un moteur qui ne veut pas démarrer. C’est la première que j’entends cette année. Les cigales commencent en général à chanter mi juin. Elles marquent l’arrivée de l’été et nous accompagnent jusqu’au début de l’automne. Elles ne chantent qu’au dessus d’une certaine température. Après 7 ans passés sous terre, elles ne vivent qu’un été à l’air libre.

Ce matin je vais chez la médecin de mon père pour lui faire remplir un certificat nécessaire à un dossier. En sortant nous allons prendre un petit crème en terrasse. Il y a des aides pour maintenir les personnes âgées plus ou moins dépendantes chez elle. Mais c’est un dédale de dossiers à faire, et ça prend des mois. Je me demande comment peuvent faire les personnes isolées. Le temps de monter le dossier, la personne peut être morte de faim…. Tout est compliqué. Avec les procédures en place par exemple, une personne qui ne peut plus se déplacer ou qui ne sait plus téléphoner ne peut plus faire refaire ses papiers d’identité. Et sans papier valide certaines opérations sont impossibles. En France, aujourd’hui, le vieillir à domicile est compliqué. Les enfants sont souvent loin et travaillent, l’internet a remplacé le contact humain et perdu nos anciens, l’aide n’est pas réactive et met du temps à s’adapter à la demande. Voilà bien un sujet à creuser pour qui veut s’investir dans la qualité de vie des personnes très âgées.

Après le répas, une petite heure de détente à l’ombre d’un arbre, et un bain frais pour me raffraichir. Ensuite je vais passer deux heures chez ma mère qui reste cloîtrée chez elle toute la journée. Trop chaud.

En fin d’après-midi, j’aide mon père à préparer un sac au cas où, car demain matin nous allons voir un chirurgien à l’hôpital.

Il est tard maintenant, il fait encore très chaud, la nuit va être moite.

14 Juin – Lundi

La voix de Graine

Ce matin, je me lève sans aucune difficulté pour mon enchaînement destiné à me rendre zen: yoga, respiration, méditation. Puis j’enchaîne avec un point de suivi sur mon site jacquaire en prévision du CA qui a lieu samedi. Au final, je passe quasiment la journée sur mon site jacquaire.

Entre deux mails, je prends le temps de fêter les deux anniversaires du jour.

Il fait chaud. Les murs m’oppressent. J’étouffe. Après le repas du soir, je méchappe sur la coulée verte, pour respirer un peu. Avec ses terrasses qui débordent, Paris prend des allures de gros village méridional.

Je compte les jours qui me restent avant le départ pour ma campagne. Même pas deux semaines. Une poignée de jours à peine.

L’odeur entêtante des tilleuls chatouille mes narines. 21 h 15: c’est la fermeture des parcs. Je dois rentrer.

La voix de Lilie

Le vent est tombé, il va faire très chaud aujourd’hui, plus de 30 degrés. Je ne saurais dire ce que j’ai fait ce matin qu’il est déjà l’heure de déjeuner. Nous nous installons ma mère, ma cousine, mon mari et moi en terrasse. Cette brasserie existe depuis des décennies. Au départ c’était un bar, maintenant on peut aussi y manger. Je n’y étais jamais allée. Enfant, nous ne sortions jamais boire ou manger en ville. C’était une autre époque, le restaurant était réservé aux grandes occasions et choisi dans un lieu plus prestigieux que le trottoir de la ville. Plus tard, la ville vivait plus à l’intérieur de ses remparts, j’ai souvent pris un verre sur la place de la mairie. Depuis quelques années, la ville s’étale sur l’extérieur. Les immondes enseignes des chaines de magasins ont donné naissance à un nouveau quartier et vidé la ville de ses rues commerçantes. L’intérieur est un désert. Rues vides, places vides. Aujourd’hui la ville essaie de renaître en surfant sur les bons produits locaux, la douceur de vivre et l’attrait de la provence. Bien sûr les maraîchers ont pratiquement tous disparu, pour faire le change et parfaire la carte postale, on peut trouver ça et là des champs de lavandes. Ils ont remplacé les vergers de pêchers de mon enfance.

Après le repas, nous partons à pied jusque chez mon père. Tout le monde dort. Moment idéal pour une bonne baignade et une séance de bronzage. Une fois sa sieste terminée, je trouve mon père un peu mieux qu’hier. Comme la belle famille est toujours sur place, nous en profitons pour nous échapper.

En fin d’après-midi nous partons pour un village voisin que j’aime beaucoup, situé en haut d’une colline. Nous prenons un verre dans un bar extérieur, sur des canapés douillet, abrités du soleil par un immense platane. Moments de détentes bienvenus après toutes ses journées à passer de l’un à l’autre de mes parents et à essayer de faire au mieux. Quelques heures juste pour nous.

13 juin – Dimanche

La voix de Graine

Un dimanche d’été presque normal. Le soleil est chaud, très chaud, mais il y a de l’air, aussi c’est agréable. S’il n’y avait ce masque à porter dès qu’on pointe le nez dehors, nous oublierions la pandémie. J’aime ces journées chaudes où la chaleur écrase le bruit. Comme nous sommes dimanche, il y a peu de circulation. Ne survolent que les aigus, les cris des enfants dans le square d’à côté, le chant des oiseaux. Dans les faits, le début de l’été sur le calendrier, c’est dans 8 jours. J’attends les vacances et notre descente dans le sud avec impatience. Plus que quinze jours à attendre.

Cette nuit, notre petit loulou nous laisse vraiment dormir. Ile se réveille à 7 h et après avoir pris son biberon, il se rendort entre mon mari et moi jusqu’à 9 h 40. Une vraie grasse matinée. Nous prenons le déjeuner au lit avec le petit sur les genoux qui grignote sa tartine. Cela ne lui paraît pas étrange de déjeuner au lit. Il doit avoir l’habitude. La présence du petit nous fait du bien. Il nous décentre et nous apaise.

Pendant que mon mari fait son jogging, je vais au square. Deux allers-retours. La 1ère fois, quand nous nous posons au square, il nous manque une chaussure, alors nous repartons, puis nous revenons.

Ce midi, c’est mon mari qui fait la cuisine. Moi, je m’occupe du petit.

A déjeuner, nous avons les filles.
Les cousins s’en donnent à coeur joie. C’est beau de les voir rire aux éclats.

Pour les petits, la fin de l’après-midi se passe dans la baignoire au milieu des bulles de savon. Une nouvelle bonne séance de rigolade entre cousins.

Un dimanche qui fait la sieste au soleil, ça fait du bien. Demain, c’est lundi.

La voix de Lilie

Le mistral s’est levé dans la nuit, il siffle dans les arbres, claque les portes, s’apaise, repart à l’assaut. Depuis mon lit, je l’écoute se déchaîner à l’extérieur. C’est un peu comme s’il y avait quelqu’un, là dehors, qui s’énerve, se calme, se met à hurler. Eole. Le mistral est le compagnon de la vallée du Rhône. Mistral veut dire maître, le maître des vents. On dit qu’il souffle par paquets de 3 jours, 3 6 9 etc… J’espère que ce ne sera que 3. L’hiver il vous glace les sangs, l’été il envole les chapeaux et rafraîchit l’atmosphère brûlante. Dans tous les cas, il énerve. Se déplacer est une lutte au corps avec lui, gare à celui qui ouvre sa portière de voiture dos à lui. Depuis toute petite, j’aime l’écouter s’époumonner dehors lorsque je suis bien au chaud dans mon lit. Son sifflement me berce, Eole est dehors, je ne suis pas seule.

Aujourd’hui, ce sera donc une journée venteuse.

Ma sœur est venue voir mon père, mais il est très fatigué et dors beaucoup. Il n’a plus de muscles, sa peau flotte sur ses os. Nous avons apporté un gâteau qu’il mange avec appétit, puis il se recouche. Nous sommes trop nombreux et il n’entend plus rien de nos conversations. Tout ce monde le fatigue beaucoup. Elle repart inquiète.

Malgré une journée bien chargée, nous avons pris le temps de prendre un verre rien que toutes les deux pour nous détendre avant le repas chez notre mère et l’après-midi chez notre père.

12 juin – samedi

La voix de Graine

Eh oui, le couvre-feu est toujours là, mais à 23 h, ça permet tout de même de prendre le temps.

Je suis contente, Lilie, que tu puisses graver tous ces souvenirs de ton enfance, de l’enfance de tes parents dans ta tête et dans le blog. De vraies madeleines pour les temps à venir. Pour moi, les souvenirs d’antan s’estompent. Juste des flashs de temps à autre.

Ici, aujourd’hui, c’est journée petit-fils. Les parents ne nous l’ont amené que ce matin car il est malade. Ils ont passé une partie de la nuit de mercredi à jeudi aux urgences. De l’asthme du nourrisson, conséquence d’une bronchiolite. Ventoline 5 fois par jour, avec un appareil de torture: un long tube avec une ventouse à appliquer autour de la bouche et du nez.
Quand il voit arriver le tube, le petit fait non, non, non. Ceci dit, un bébé malade, ça n’a rien à voir avec un adulte malade. Il joue, il mange, il dort. En fait tout va bien. Si ce n’est cette toux et cette respiration un peu difficile.

Après le repas, nous partons voir une exposition en plein Paris à la fondation Taylor. Une exposition de gravure à laquelle participe une membre de notre atelier d’Arts plastiques. C’est une jeune femme qui fait de la gravure, des eaux-fortes, son métier. Elle s’est inscrite dans notre atelier pour des raisons pratiques, mais clairement, nous ne jouons pas dans la même cour. Nous faisons le trajet aller en métro, le retour à pied. Une manifestation à Paris encore aujourd’hui. Des forces de police partout. Avec le petit, nous faisons tout pour sortir du périmètre potentiel de la manifestation. C’est bien trop dangereux. Sur le trajet du retour, nous faisons une halte au square pour goûter et pour jouer. Mon loulou adore le tobbogan. Nous nous régalons de le voir faire, mais difficile de prendre des photos, car nous ne pouvons pas le lâcher. Il est encore petit. Il y a beaucoup de monde et il est un peu kamikaze.

Ce soir, pour l’endormir, je m’en sors un peu mieux que d’habitude. Peut-être est-il un peu plus fatigué? Mais, ne crions pas victoire, la nuit n’est pas terminée!

La voix de Lilie

Levée aux aurores pour attendre le pisciniste qui ne vient pas. C’est rageant. Il n’a pas noté, il a oublié. Il viendra finalement à 14h30. Le principal c’est que la piscine sera bien entretenue cette année sans que mon père ne s’en occupe. Cher, mais idéal quand on ne peut plus faire soi même. De toute manière mon père ne dépense rien et l’argent est aussi fait pour se faciliter la vie.

A midi, la belle famille arrive pour 3 jours. Ça nous fait de la distraction et nous allons pouvoir souffler un peu. Ils sont chez eux dans ma maison, font la lessive, dorment sur place. Moi je n’ai plus dormi dans la maison depuis que ma mère l’a quittée il y a 21 ans. Trop compliqué d’y voir une autre femme s’y sentir chez elle. Un jour, elle m’a fait visiter les nouveaux aménagements et en me montrant ma chambre, elle a dit que c’était la chambre d’amis. Ben non, c’est ma chambre…

Après une baignade salutaire car il fait très chaud, je pars passer une heure ou 2 chez ma mère. Elle ne sort plus de son appartement. Trop chaud, trop froid, trop de vent, trop de pluie, trop tôt, trop tard. Pour moi c’est impossible de rester enfermée par ce beau temps. Après 2h, je repars à pied rejoindre ma cousine et mon mari. 2km, il fait beau et encore très chaud en cette fin d’après-midi. Je flâne. Profite de ce temps rien qu’à moi.

Je sais que cette accalmie va être de courte durée. La semaine prochaine sera décisive. Mon père maigrit de jour en jour. Se fatigue très vite. La douleur est sous contrôle mais les médicaments le rendent vaseux et l’empêchent de vivre normalement. Il en a déjà marre. Que dire.

11 Juin – Vendredi

La voix de Graine

Aujourd’hui, je m’active. Après une bonne nuit de sommeil, c’est plus facile.

Faire le ménage. Préparer mes réunions sur le site jacquaire. Contacter la graphiste. lmprimer des photos pour mes handicapés et aussi imprimer mon champ de coquelicots. Hier soir, en début de mon atelier d’Arts plastiques, mon portable s’est éteint faute de charge. Plus aucun modèle pour peindre mon champ de coquelicots …J’ai été obligée d’imaginer. Un bon exercice, mais ce n’est pas facile pour moi.

A midi, je prépare les filets de maquereaux à la rubharbe. Je ne suis pas avare de gingembre. C’est bon et c’est facile à faire. L’acidité de la rubharbe se marie bien avec le maquereau qui est un poisson fort. Le gingembre relève le tout. Normalement, j’aurais dû servir le plat avec une vinaigrette à la sauce soja. J’ai fait l’impasse, mon mari aurait trouvé ça trop gras, trop riche, trop!

Deux heures chez mes handicapés cet après-midi. On fait la valise d’Odile pour le départ en vacances de cet été, en juillet, deux semaines avec l’association des paralysés de France et une semaine avec sa soeur.

Sur le chemin du retour, je m’arrête une heure à mon atelier d’Arts Plastiques, qui est à côté de la maison d’accueil spécialisée, pour avancer mon champ de coquelicots. C’est loin d’être fini, mais j’avance. La couleur de mes coquelicots me plaît.

Ce soir, c’est pizza. Après le blog, la séance de repassage m’attend.

La voix de Lilie

Au delà des lieux que l’on quitte, des personnes qui partent à tout jamais, il y a les bruits familiers qu’on ne retrouvera plus. Le bruit du portail du garage, de la porte de la buanderie, de l’interrupteur. Celui de la porte d’entrée au garage. Des portes en verre quand on les ouvre. Tous ces bruits ont bercé mon enfance et perdurent encore aujourd’hui. Tant que je pourrai ouvrir ces portes. Tant que je pourrai entrer dans la maison.

Aujourd’hui nous avons fait le marché. Aujourd’hui vendredi. Depuis toujours le marché de Bollène était le lundi. La mairesse précédente a jugé bon de le déménager de lieu et de jour. Exit la place de la mairie et son ancienne halle, bonjour la place du pont neuf et ses platanes. Exit le lundi, bonjour le vendredi. Sauf que les commerçants sont depuis toujours sur le marché de Pierrelatte à 15km le vendredi. Bilan, la moitié moins d’exposants.

Je fais un peu de cuisine et nous déjeunons avec mon père. Après le repas et un peu de repos au bord de la piscine, nous partons à pied jusqu’à la ville par les berges du Lez. Il fait très chaud. L’objectif est d’essayer de marcher une heure par jour et de voir si le tendon de mon mari lui permet de recommencer la randonnée. Au retour je prends un bon bain dans la piscine pour me raffraichir.

Le soir, nous embarquons ma mère et ma cousine pour aller manger dans un restaurant à Goudargues. Goudargues est un village au bord de la ceze qui est devenu très touristique grâce à ces canaux qui en font une petite Venise et la garde fraîche même en plein été. Il y a plein de petits retaurants sur les berges des canaux. Mais au delà de cet aspect touristique, c’est également le village où habitait la tante de ma mère et où ma mère a passé toutes ses vacances étant enfant puis jeune fille. Du coup elle se remémore des anecdotes pendant le repas et pendant notre balade digestive. Nous terminons la soirée en montant au village de Cornillon, perché sur une colline qui domine la vallée de la ceze et le village de Goudargues. Un belvédère nous permet d’admirer la vue et les lumières du village en bas. La nuit est tombée, il est plus de 22h, il est temps de repartir. Nous l’avions un instant oublié, nous étions libres ce soir, pourtant il est encore là. Le couvre feu.


10 Juin – Jeudi

La voix de Graine

Après une mauvaise nuit, j’ai le moral en dent de scie aujourd’hui. Je n’ai même pas eu le courage de me lever pour faire ma respiration. J’ai honte d’être aussi peu vaillante.

Ce matin, je m’occupe de mon site jacquaire et je réussis, enfin, à mener à peu près à bien la refonte d’une page. Il y a un CA à la fin de la semaine prochaine. Nous allons faire un état des lieux du site et parler des évolutions envisagées. Pour préparer le CA, j’ai planifié deux réunions, une en visio, une en présentiel. Maintenant que le confinement n’est plus d’actualité, c’est plus difficile de réunir des gens, même retraités, même bénévoles.

Pour essayer de récupérer un peu d’énergie, je marche beaucoup. Je fais du vélo aussi.

Ce matin, balade avec ma copine de l’atelier d’écriture entre Bastille et le Jardin des Plantes, en passant par les quais de Seine bien sûr. Nous parlons de nos maris. Il sont tous les 2 de signe scorpion, et ils ont aussi bien d’autres points communs. Nous parlons de nous. Nous parlons de l’association. Nous regardons la Seine, les roses, pestons contre les vélos qui empruntent les quais réservés aux piétons.

Cet après-midi, je vais à mon atelier d’Arts plastiques peindre mes coquelicots. A pieds aller/ retour.

Il fait chaud. En cette belle soirée, les parisiens sont attablés, dehors. Les terrasses se sont agrandies, débordent, traversent les rues, dévalent les trottoirs. Il y a certainement aussi quelques personnes à l’intérieur. Les nounours qui gardaient les restaurants vides se sont aussi installés en terrasse, pour séparer les tables…

La voix de Lilie

L’été s’est installé dans le midi. 35 degrés, pas de vent. Une journée calme.

Je passe la matinée avec ma mère pendant que min mari prépare le repas chez ma cousine. Nous irons tous les 3 déjeuner chez mon père. Brochettes, haricots verts et pommes de terre sautées. Fromage, parts de gâteau. Et bien entendu, un rosé bien frais.

Après le repas, nous astiquons la cuisine d’été pendant que mon père et sa compagne se reposent. Frotter, aspirer, laver, c’est un sport efficace, courbatures assurées demain. Je me souviens du temps où ma mère habitait cette maison et où nous venions passer les vacances d’été. J’ai souvent nettoyé cette cuisine autrefois. C’est ma mère qui en avait choisi l’implantation et le mobilier. La, suivante a disposé pléthore de bibelots anciens qui lui donne un air mi campagnard mi brocante. Chargé.

La piscine a fini de se remplir. La cascade est arrêtée. Je prends le premier bain de l’année. L’eau est fraiche et douce car aucun produit n’a encore été ajouté. Je bronze en séchant. Le temps de ma jeunesse me frôle. Je suis arrivée dans cette maison à 3 ans. La piscine a été construite quand j’avais 20 ans, à la place du jardin. J’aimerais que cette maison reste à nous pour toujours, mais je crains d’être la seule à le vouloir…..

09 Juin – Mercredi

La voix de Graine

Aujourd’hui, c’est la journée des enfants. Je manque d’enthousiasme. Je me traîne. Je me sens molle et flasque. Il fait chaud et lourd. Après le repas, la petite fait tomber une statuette que nous avions ramené du Cambodge en se prenant la porte du salon. Elle pleure, elle s’est fait mal. Nous mettons de la glace. La statuette part à la poubelle, la destination des objets cassés.

Pendant le cours de danse de la petite, j’appelle la compagne de chemin espagnole qui m’a contactée hier. La connexion sur whatsapp est mauvaise, mais je suis contente de la voir, de lui parler. C’est pour moi un encouragement à partir sur le chemin. Elle et son mari ont vraiment été des compagnons de voyage bienveillants, chaleureux et drôles sur le « camino del Norte » en 2018. Je suis vraiment contente qu’elle ait repris contact.

En fin d’après-midi, j’ai mon cours de yoga, en ligne. C’est le dernier. Les cours reprennent en salle. Il en restera quelques-uns en ligne, mais les horaires ne me conviennent pas. Il va falloir que je revoie mon emploi du temps.

A compter de la semaine prochaine, mon mari va reprendre le chemin du bureau au moins deux jours par semaine. Le télétravail va se réduire. En septembre, il n’aura plus droit qu’à 2 jours de télétravail maximum.

Prend tous les bons moments que tu peux, Lilie. Les bons moments, on peut les décider. Les mauvais, ils nous tombent dessus sans qu’on puisse les éviter. Au mieux, les préparer, peut-être.

La voix de Lilie

9 juin. Dans une ancienne vie je m’étais mariée le 9 juin. Une belle journée, mon père conduisait sa vieille voiture. Il était plus jeune que moi aujourd’hui. Maintenant il disparaît peu à peu, ses jambes sont plus maigres que les miennes.

Il fait très chaud aujourd’hui, moins de brise, plus lourd. J’aime la lumière, la douceur de l’air. Tout me paraît plus facile ici. Ce matin j’ai été à la clinique récupérer le scanner de mon père et prendre des informations. Toujours pas de diagnostic, juste que ce n’est pas bon, sans savoir d’où ça vient. Prochain examen dans une semaine. Nous déjeunons avec lui.

L’après-midi, j’écosse des fèves en discutant avec ma cousine. C’est agréable d’occuper ses mains et en même temps de parler de tout et de rien. Ça détend.

Nous repassons chez mon père en fin d’après-midi. Il descend au bord de la piscine qui se remplit toujours lentement mais sûrement. Je pense qu’elle sera pleine demain soir. Il s’est trempé un peu dedans aujourd’hui malgré la fraîcheur de cette eau tout juste sortie du robinet. Il n’a pas osé nager de peur de refroidir son dos. L’an dernier je l’avais filmé en train de se baigner. Il ne faisait pas son âge. Cet année, il rétrécit, ses cheveux semblent moins épiais, mais il garde son regard bleu pâle.

Le soir nous allons manger, mon mari et moi, dans un restaurant sur la place de la mairie. Pour se détendre et se retrouver à 2. Après le repas, nous faisons un petit tour à pied jusqu’à l’ancien hôpital dans lequel je suis née. Retour à la source. Dans les années 80 il est devenu une maison de retraite. Ma grand-mère y a fini ses jours. Dans une chambre d’hôpital avec un lit, un lavabo et une table de nuit d’hôpital avec dessus une photo de nous. C’était triste. Un mouroir. Finir ses jours sans plus un seul de ses objets, de ce qui a faitcsa vie. Elle y a passé 5 années. Aujourd’hui l’hôpital est à l’abandon, l’hepad a été reconstruit plus loin. J’espère que les pensionnaires y sont mieux installés et traités qu’à l’époque de ma grand mère. Quel dommage pour ce magnifique bâtiment, en plein centre ville. L’herbe pousse dans la cour, les grilles rouillent. J’espère que la mairie va trouver comment le faire revivre.

08 Juin – Mardi

08 Juin – Mardi

La voix de Graine

Merci Lilie de ton soutien. Ton séjour dans le sud te permettra, c’est sûr, de profiter de la campagne et de ta famille entre deux exercices imposés…Tu vas y arriver. Surtout, garde un peu d’énergie pour toi et repose-toi.

Ce matin, lever à 6 h 1/4. Je reprends aujourd’hui mes créneaux de travail à ma coop. J’avais dû geler mon compte suite à mon départ dans le sud car je ne pouvais plus remplir mes obligations. Ce matin, nous ne sommes que 2 sur le créneau, et il y a beaucoup de travail. Je quitte la coop contente, avec ce sentiment d’avoir été utile, d’avoir fait ma part de travail. Depuis mon retour, cela m’a manqué de ne pas pouvoir y aller.


Cet après-midi, je vais faire des croquis au jardin botanique avec deux graines. Il fait beau. J’y vais en vélo. Mon niveau de dessin et de croquis est toujours aussi nul, mais je prends l’air, je suis en bonne compagnie, je dessine, et l’environnement est beau. Que demander de plus!

Devant le jardin, en attendant les copines, j’ai un message d’une espagnole avec qui j’ai fait une partie du « Camino del Norte » en 2018. Rien ne pouvait me faire plus plaisir. Elle vient de prendre sa retraite et elle s’est mise à apprendre le français. Sûr que je vais prendre mon téléphone et l’appeler.


Bref, une journée qui me réconcilie avec la vie. J’espère que pour toi aussi, Lilie, la journée a été positive.

Dans sa tournée d’été à la campagne, notre président Emmanuel Macron, s’est fait gifler aujourd’hui dans la Drôme. Demain, les salles de restaurant ré-ouvrent.

La voix de Lilie

Il fait beau et chaud aujourd’hui. Avec un léger mistral qui donne un peu de fraîcheur. Il n’y a pas à dire dans le midi l’air est plus doux que dans le nord. On peut prendre le petit-déjeuner sur la terrasse au soleil. On sort les shorts et les tee-shirts. L’air caresse la peau et les os apprécient.

Le matin nous allons voir mon père. Toujours pas de diagnostic et toujours pas de nouvelles du médecin. Mon père est très affaibli, amaigri, fatigué. Las d’attendre. Il voudrait savoir pour être pris en charge et soigné. Il n’imagine pas ne pas être soigné. Sa douleur est sous contrôle mais les médicaments lui font un peu tourner la tête et lui donnent des nausées. Déjà qu’il ne mangeait plus grand chose. Dans l’après-midi son médecin appelle pour lui donner un rendez-vous de consultation chez un spécialiste à l’hôpital dans 8 jours. Il en a marre d’attendre, de faire des examens. Je lui dis que pourtant il est bien chez lui, qu’on ne sait pas ce que sera la suite. Il fatigue vite, 30 minutes en bas à l’ombre et il part se rallonger.

Il remplit sa piscine. L’eau s’écoule doucement. Il adore se baigner, c’est son plaisir et malgré la maladie, il veut remplir sa piscine. Il me semble que c’est peut-être la dernière fois. J’écoute l’eau tomber dans le bassin comme une rivière dévale une montagne. Elle marque le temps, la vie se remplit aussi et quand on arrive tout en haut du bassin l’eau passe par dessus bord. Est-ce vraiment le début de la fin ?

Quand j’étais petite fille, j’avais déjà deviné que l’on perdait tous ceux qu’on aimaient. La vie m’a offert le maximum de temps. Pourtant l’heure approche maintenant et mes parents deviendront souvenirs, ma maison d’enfant deviendra souvenirs. L’heure des épreuves sonne à la porte. La petite fille que je suis restée doit partir et je dois me tourner dans l’autre sens pour regarder la vie qui me succède.

07 juin – Lundi

La voix de Graine

Journée au radar. Normal après une nuit quasi blanche. Trop de pression, trop de tension, j’ai tellement peur du clash avec mon mari! A la fin, ce n’est pas tenable d’être toujours sur le qui vive, de ne pas oser dire, de ne pas oser faire, de ne pas oser vivre. Je n’en peux plus. Cela me gâche ces journées de lumière que j’aime tant. Le quotidien pèse une tonne.

Ce matin, de bonne heure, comme tous les lundis, mon enchaînement habituel: Yoga, respiration, méditation. Ma tête est ailleurs, mon corps est raide, mes pensées sautent dans tous les sens et même à contresens.

Dès que je peux, je me mets à la peinture. Juste des retouches. La couleur m’apaise lorsque je suis à cran. C’est mon carré de chocolat noir.

Sortir faire les courses, faire la cuisine, la lessive…Il y a de quoi faire dans une maison. C’est ce qu’il me faut. Pour moi, rester inactive est le pire des remèdes. Je me coucherais tôt ce soir.

Après le repas, je bulle en écoutant l’émission « La terre au carré » sur France Inter. Le thème du jour: « L’archéologie du genre à la recherche de la domination masculine ». Pour résumer, les archélogues tentent de trouver l’origine de la domination des hommes sur les femmes. C’est une femme qui parle. Elle a écrit un bouquin. Ce que j’ai compris, c’est la capacité des femmes à enfanter qui provoquerait chez l’homme ce besoin de dominer …Pas vraiment de conclusion, juste des conjectures. Ce que j’ai appris et qui est drôle, c’est que les archéologues tatônnent pour déterminer le sexe d’un squelette du néolithique, et potentiellement se trompent.

J’appelle mon fils. J’appelle ma soeur. Je m’occupe de mon site jacquaire.

La journée s’étire gentiment. Il fait vraiment beau. C’est agréable.

La voix de Lilie

La vie à 2 cascade comme un fleuve qui descend d’une montagne en roulant sous les pierres. Des rapides, des tourbillons, des eaux calmes parfois entre 2 sauts. Quelques fois on se demande bien comment sortir la tête de l’eau. S’accorder toute une vie est un exercice bien compliqué. Les femmes sont plus fortes, plus réfléchies, les hommes plus langoureux et plus vite satisfaits. Nous portons la charge mentale quand ils exécutent. Avec le temps nos envies divergent, l’un de tranquillité, l’autre de mouvement. Les hommes deviennent plus dépendants. On perd l’envie de faire plaisir à l’autre, par lassitude, flemme, par sens unique, que sais-je. Comment adapter encore le couple pour qu’il persiste ? Que chacun trouve sa place sans imposer sa vision à l’autre ? Vaste sujet. Tu as besoin de ces escapades Graine, c’est vital pour toi. Le besoin de t’avoir près de lui heurte ton besoin de moments de solitude. J’espère que ça va aller pour vous 2.

De mon côté, départ vers chez mes parents pour m’occuper de mon père. Peut être arriverai-je à avoir un diagnostic dans les 2 ou 3 semaines que je vais passer ici.

Je suis fatiguée après ces dernières semaines à me débattre entre les médecins et mon père. Ma tension ce matin était très basse, j’ai mal au dos, des aphtes, des boutons…. Et les nerfs à fleur de nerf !

06 Juin dimanche

La voix de Graine

Jogging, bouchons ….

Et enfin repas en terrasse sur les bords de la Marne suivi d’une balade, avec les copines. Les salutations au soleil pour éviter la pluie ont apparemment fait effet.

Une journée comme je les aime, qui sort de l’ordinaire, qui redonne goût à la vie.

La voix de Lilie

Notre dernier repas au restaurant remonte à si longtemps qu’il nous faut bien 10mn de réflexion intense pour en retrouver l’endroit et la date. Aujourd’hui le temps est un peu frais pour la saison mais il ne pleut pas et nous pouvons manger tranquillement en terrasse toutes ensemble avec nos maris. Les graines arrivent une par une, on s’installe devant un apéritif. On prend le temps de parler de tas de sujets comme à notre habitude. Le service est un peu long, il y a beaucoup de monde et le rythme doit être difficile à reprendre après un arrêt aussi long. Aucune importance, le nombre de sujets à aborder est inépuisable.

Après le repas, en promenant sur les bords de marne nous tombons sur notre futur domaine. 4 maisons en construction sur un terrain face à la marne. A vendre. Nos esprits ne font qu’un tour, voilà notre village. Nous entrons même sur le chantier pour voir de plus près. Cette idée lancée en l’air un soir de grande imagination de viendra-t-elle un jour réalité ? Qui peut le dire ? Nous prenons quand même le no de téléphone pour appeler par curiosité. Et nous laissons divaguer nos esprits sur le sujet. Château à rénover, village abandonné, terrain à batir, tout y passe. Sachant que notre capacité à rénover est inversement proportionnelle à notre imagination !

Au retour, nous prenons un verre en terrasse pour finir cette belle journée. Quel plaisir de se retrouver. Ça donne des forces, de la joie. Moi qui travaille encore, je vois mouns souvent les graines, elles me manquent vite.

05 Juin – Samedi

La voix de Graine

S’occuper de soi, c’est essentiel. Qui donc s’en occupera sinon. Une femme, c’est un chef d’orchestre. Si elle n’est pas en état de jouer la partition, c’est toute la famille élargie qui en pâtit. Le sport, le yoga, l’ostéopathie, la méditation, l’esthétique…tout ce qui permet d’aller bien est bon à prendre. Ne pas sous-estimer non plus le rire, la détente, les copines, la danse…

Vendredi, j’avais rendez-vous dans un institut de beauté rue de la Paix pour un soin du visage. Le luxe. Un vrai moment plaisir. Cadeau d’anniversaire de mon mari que j’ai pleinement apprécié.

Pour moi, une journée de samedi tranquille avec une grande balade de chez nous au jardin des Plantes en passant par la Bastille à l’aller et par notre pizzeria favorite au retour. Beaucoup de monde dans les rues, sur les terrasses des bars et des restaurants, des queues devant les magasins de chaussures, de lunettes, de sous-vêtements. Sur les quais, à nouveau, des gens qui dansent, de la musique. Ça fait du bien de voir Paris animé à nouveau. Vraiment du bien.

Pas d’enfants aujourd’hui, ni demain. C’est cool d’être tranquilles, de pouvoir buller un peu. Petit nuage au tableau, nous butons dans la réservation de quelques jours à la mer cet été. Restons zen. Nous trouverons bien d’ici juillet..

La voix de Lilie

Aujourd’hui toute la famille est invitée pour les 30 ans de ma belle fille. L’occasion aussi pour nous de voir notre nouveau petit fils pousser. L’anniversaire se déroule chez les parents de ma belle fille. Toute sa famille est là, plus quelques amis. Nous sommes bien peu parmi tout ce monde. Je me souviens que pour mes 30 ans j’avais aussi toute ma famille et invité mes beaux parents. Pourtant je n’ai pas l’impression qu’ils se soient trouvés bien seuls ce jour-là. Ils étaient installés au milieu de ma famille et de ce qu’ils m’en ont dit, ils en ont gardé un bon souvenir. Nous, nous avons un peu de mal. C’est difficile de s’intégrer dans un groupe très soudé. Je ne sais pas trop de quoi parler, je ne suis pas une grande communicante, mon mari non plus. Retrouver les codes pour parler à des personnes que l’on ne connaît pas. Le temps, le travail, les enfants, le covid. Heureusement les petits sont là et nous aidons beaucoup notre fille en les surveillant tour à tour. Nos enfants sont tous de la partie, je suis heureuse de les voir ensemble. Je passe du temps à les regarder, profiter de ce moment qui m’ait offert.

Il ne fait pas beau pour un jour de juin, quelque fois, une veste est même nécessaire, Heureusement il ne pleut pas et nous pouvons passer toute la journée dehors. Les gestes barrières sont très limites, il y a beaucoup de relâchement de ce côté là avec l’avancée des vaccinations et le recul de la pandémie. Advienne que pourra….

Nous avons passé une bonne journée, familiale, dans la joie de vivre. Une partie de campagne, avec de la musique, un buffet, des jeunes qui s’amusent et se jettent à l’eau tout habillés. Peut-être aussi beaucoup d’alcool.

Et nous sommes rentrés pour le couvre feu.

04 Juin – Vendredi

La voix de Graine

Le coquelicot, c’est la fleur du soleil. S’il y a une fleur éphémère, c’est bien celle-là. Impossible de la cueillir, elle est déjà fanée. Mais quelle lumière, quel éclat, quelle couleur, quelle délicatesse. Tes photos sont magnifiques, Lilie. Je vais les utiliser pour ma peinture, si tu me le permets.

Des journaux, j’en ai souvent écrits moi aussi. Quand ma mère était malade, en train de mourir je veux dire, de son cancer, j’ai beaucoup écrit. Le jour où j’ai quitté ma campagne pour aller vivre ailleurs, j’ai tout brûlé, comme si toute cette souffrance pouvait partir en fumée!

J’aime ce journal tout à la fois intime et partagé. Je m’y suis attachée moi aussi. Poser et dire le quotidien, les états d’âme, les humeurs, les blessures, les joies, les soucis, les envies…

Cet après-midi, dans la chambre d’Odile, j’ai chanté. Joe Dassin: Les champs Elysées, les petits pains au chocolat, l’été indien. Nous regardions un livre de photos sur Paris. L’arc de triomphe, les champs Elysées… et Joe Dassin est arrivé, aves ses chansons légères qui ont accompagné notre adolescence. Ma meilleure copine de l’époque, mon amie d’enfance aimait beaucoup Joe Dassin. Moi, j’étais plutôt Gérard Lenormand.

La voix de Lilie

Bien sûr que tu peux utiliser mes photos, je serai très honorée de les voir en peinture. Quand j’étais petite je faisais des petites bonnes femmes en coquelicot. En grande robe de soirée avec la fleur en corolle, en robe et capeline avec le bouton. Puis je les habillais en robe jaune avec un bouton d’or, en blanc avec une fleur des champs. Toute une garde robe fleurie. Nous n’avions pas la télé, les smartphones n’étaient pas nés, nous avions la nature.

Ce soir en regardant un film, je me suis rendue compte que j’ai oublié d’aller hier au cours de sculpture. Je n’ai pas repris le rythmne, 6 mois de confinement et l’habitude de ne pas sortir le soir. Je suis énervée car c’était certainement mon dernier cours pour cette année car je vais peut-être partir chez mes parents. Toujours ce cerveau surchargé de trucs utiles ou inutiles et qui en arrive à oublier des choses importantes, plus ou moins importantes. L’autre soir, avant de monter me coucher, je devais arrêter l’alarme de mon téléphone. Il charge de nuit à côté de moi et je ne voulais pas que ça réveille petite fille qui dormait à la maison. Le lendemain matin, j’ai entendu sonner le téléphone. Je l’ai retrouvé en bas, dans la cuisine, avec l’écran de modification de l’alarme ouvert, mais pas validé. Je suis incapable de savoir comment j’ai pu commencer à modifier l’alarme et laisser tout en plan au milieu du parcours. Qu’est-ce qui a pu happer mon cerveau ou tout mon être au point de me faire oublier ce que j’étais en train de faire ? Souvent ça me fait peur.

Ce soir je suis allée me faire chouchouter chez l’ostéopathe. Je suis bloquée de partout, point de sciatique, épaule, articulations douloureuses. Stress ou médicaments contre le cholestérol. Commençons par gérer le stress, se detoxifier le foie et avec un peu de chance trouver un rendez vous lundi avec le médecin pour changer de médicament.

Allez hop, week-end maintenant.

03 Juin – Jeudi

La voix de Graine

Aujourd’hui, je poursuis mon déconfinement. J’ai rendez-vous à la permanence avec mes deux compères de l’association jacquaire qui sont en charge avec moi de la mise à jour du site. Cette fois-ci, c’est moi qui les forme. Pour être plus modeste, je leur montre ce que je sais faire et dont ils peuvent avoir besoin. Ils sont contents. De faire ensemble en échangeant, en se voyant, c’est tout de même plus sympa qu’en visio. Sur certains points, je tâtonne, je cafouille. Le site ne réagit pas tout à fait comme le nôtre. Et le fait d’être bridé par un cadre et une feuille de style très stricts sur lesquels nous n’avons pas la main, ce n’est pas du tout évident.

Je déjeune d’un sandwich au jardin du Luxembourg en compagnie d’un de mes collègues de travail du matin. Nous parlons du chemin. Il a fait celui que j’envisage de faire en septembre avant la pandémie, partiellement avec sa fille. En sortant du parc, je louche sur les affiches d’expositions de peinture. A quand la prochaine exposition?

Cette matinée conviviale m’a fait du bien. Elle m’a permis de me sortir de mes problèmatiques personnelles, de penser à autre chose.

En ce début d’après-midi, la chaleur est étouffante. Il fait très lourd.

En fin d’après-midi, mon cours d’Arts plastiques. J’ai acheté une toile que j’ai recouvert de Gesso, puis barbouillé d’une première couche de peinture acrylique. Je veux peindre un champ de coquelicots. A l’huile. En partant d’une photo que m’a envoyée ma petite soeur.

Courage, Lilie. Je vois que tu as pris les choses en main: télétravail à la campagne, démarches administratives… Ton père sait qu’il est dans de bonnes mains. Assurément, il a plus confiance en toi que dans les médecins. Et il a bien raison.

La voix de Lilie

Télétravail, téléphone, petit fils et pizza chez ma fille. Voici en style bloc note, un résumé de ma journée.

Petite, j’ai commencé plusieurs fois un journal. Que j’ai tenu quelques jours. Il me reste dans mon tiroir de souvenirs quelques extraits, 10 jours à 12 ans, 15 jours a 16, 1 mois à 18. Et quelques agendas, 1 page, 1 semaine, remplis en mode steno comme je viens de le faire. Malgré qu’il n’y ait que des faits, rien qu’à les feuilleter j’arrive à capter mon état d’esprit de l’époque. Et j’en conclus que j’écrivais chaque fois que j’allais mal, sans écrire que j’allais mal.

J’ai eu des périodes où j’ai eu envie d’écrire toute ma vie. Je voulais noter le plus de souvenirs possibles. Par peur d’oublier ? Pour mes enfants ? J’ai souvent commencé, jamais continué. Pourtant je sais combien on oublie de sa vie. Certaines photos nous montrent même des situations que l’on a vécues et totalement oubliées.

Finalement ce blog a ce mérite de poser nos ressentis et aussi notre vie sur un support. C’est certainement pour cette raison que je ne veux plus l’arrêter.

Comme toi Graine, j’ai été enchantée de voir la beauté des champs de coquelicots un peu partout cette année. Avantage, s’il en est un, de ce printemps pluvieux.


02 Juin – Mercredi

La voix de Graine

Le train train des jours qui défilent …

Comme tu le dis Lilie, Organiser ses vacances, c’est sympa, quand ça se passe bien. Mais là, le terrain est miné, la situation explosive. Surtout, garder son calme. Je suis contente que tu puisses envisager de télétravailler depuis la région de ton enfance. Ce sera plus facile pour prendre soin de ton Papa.

Il fait très lourd aujourd’hui. Comme c’est mercredi, je garde petite-fille. Elle est fatiguée. C’est un peu difficile. Elle n’aime pas la chaleur. Les enfants sont comme nous, ils ont leurs bons jours et leurs mauvais jours.

Mais au moins, de la garder, c’est une diversion qui nous fait du bien, qui nous aère, à mon mari et à moi.

La voix de Lilie

C’est la journée petite fille aujourd’hui ici aussi. Elle a très bien dormi et nous aussi par ricochet. Il fait beau et nous l’emmènons promener dans des allées piétonnes ombragées jusqu’à l’orée d’une forêt. Elle adore marcher. Je pousse la poussette vide, elle la pousse de temps en temps avec moi. Je la regarde trottiner. Elle m’émeut. C’est tellement beau un petit enfant qui trottine le nez en l’air, les bras dansants, les yeux petites jambes qui tricottent, partent trop vite pour elle. Je ne me lasse pas. Je voudrais graver ces images pour toujours dans ma tête. Hélas j’ai pensé ça aussi du temps de ma fille et l’image est partie. Comme le dis si bien Renaud, le temps est assassin et emporte avec lui le rire des enfants. J’ai pris des photos.

Mon père m’appelle plusieurs fois. Le médecin lui fait refaire tous les examens. Il n’en peut plus. Ne comprend plus. Il décharge sur moi tout ce qu’il ne peut pas dire au médecin faute de l’avoir. C’est toujours la secrétaire qui l’appelle. Je suis impuissante à régler le problème. 6 mois d’examen, beaucoup de souffrance et pas de diagnostic. Incroyable à notre époque, dans notre pays…. Je pense y aller en début de semaine prochaine. On navigue à vue en ce moment.

Le soir nous mangeons avec les enfants et petits enfants sur la terrasse pour la première fois de l’année. Le repas est animé, les petits sont fatigués de leur journée…nous aussi !

Le reste de la soirée est consacré à chercher des informations sur les aides pour le maintien à domicile. A première vue les ressources prises en compte ne déduisent pas la pension que mon père verse à ma mère. Mais ajoutent celles de sa nouvelle compagne. Pas de moins donc, que du plus. Du coup il n’a droit à rien alors qu’ils ne sont même pas imposables. Incroyable. Je me suis connectée sur l’agirc arco, sur une complémentaire, sur la caisse de retraite. Chacun son jargon. Des dizaines de liens incompréhensibles au profane. On dirait que tout est fait pour ne pas réussir à obtenir des aides. D’où l’intérêt certainement de passer par une assistante sociale pour ceux qui ont le temps d’y aller. Moi, je me noie. France, ta paperasserie te tue.
Je n’ai plus de temps pour moi, mon dos me fait terriblement souffrir, peut-être une sciatique, peut-être les médicaments anti cholestérol. Je n’en saurai rien, mon médecin est en congé jusqu’à lundi et moi je pars…

1er Juin – Mardi

1er Juin – Mardi

La voix de Graine

La préparation des vacances. C’est un sujet toujours épineux à la maison. En temps de Covid, c’est pire.

Fin juin, début juillet, nous descendons à la campagne, en principe. Pas ou très peu de télétravail possible pour mon mari. Trois semaines de congés pour lui. Retour sur Paris vers la fin juillet. Je remonterais avec mon mari ou pas. C’est selon, si le petite est en vacances avec nous et si ma fille télétravaille dans le sud, je resterais peut-être un peu avec elle. De la campagne, nous partirons quelques jours ailleurs, à la mer, propose mon mari. Il en marre d’aller dans les pyrénées. Je vais le laisser trouver quelque chose.

J’ai réservé mon billet d’avion pour Séville pour début septembre. J’ai posé une option pour un aller/retour à Nice pour faire un stage d’Arts plastiques au Cap d’Ail mi Août.

A la maison, j’ai la soupe à la grimace.

Dimanche, déjeuner en terrasse avec les graines et leurs conjoints. Ça va faire du bien!

La voix de Lilie

Que c’est chouette d’organiser ses vacances. De mon côté j’organise plutôt les rendez-vous médicaux de mon père et j’obtiens un feu vert pour télétravailler depuis la province si je dois aller le voir. Tout cela prend beaucoup de temps. Plusieurs appels à plusieurs personnes. Aujourd’hui c’est ma cousine qui l’emmène. Ce week-end sa belle fille sera sur place. Après ce sera certainement mon tour de descendre. Cet été va être compliqué. Avec deux étincelles de bonheur pour la naissance de notre petit fils et notre voyage en sardaigne. Le reste des congés ce sera ma ville natale. J’espère que nous arriverons à faire un saut ou 2, seuls zu bord de la mer.

Aujourd’hui, le cours de dessin a repris. Il reste 4 cours dans une année qui n’en a compté que 7 ou 8…et je ne suis pas certaine de pouvoir y retourner. En tout cas ce soir, ça me fait une bulle d’air. De vidage de cerveau. Je me concentre pour essayer de dessiner. C’est très difficile pour moi. Je n’ai pas le regard et pas le tracé. Pourtant j’essaie, j’insiste et ça me fait du bien.

Il a fait si moche jusqu’à présent, il y a eu tant de mauvaises nouvelles, de difficultés que j’ai l’impression d’être dans un trou noir. Je n’ai pas du tout l’impression que la saison des vacances approche.

Cette nuit, petite fille dort à la maison.

31 mai – Lundi

La voix de Graine

Un lundi de soleil assombri par l’annonce du décès d’un ancien collègue. Il avait eu récemment une greffe du cœur. Voir le nom de ses collègues qu’on a quitté il n’y a pas si longtemps sur la liste des absents définitifs, c’est déroutant, triste, difficile. Cela nous questionne. A quand notre tour ou celui de nos proches? Ce jour viendra, bien sûr, mais, rien ne presse tout de même.

L’éphémère de la vie nous rattrape. Pas de temps à perdre. Il faut vivre maintenant ce que nous avons à vivre. Demain, ce sera trop tard. Pas question de laisser passer nos urgences.

Le soleil fait du bien. Ce matin, en partant chez le dentiste, je récupère dans la boîte aux lettres le guide pour le chemin de Compostelle que j’envisage de faire en septembre, la Via de la plata. Ce chemin part de Séville et rejoint St Jacques au bout de 1000 km. C’est une traversée de l’Espagne du Sud au Nord. Je ne ferais pas la totalité. J’envisage d’en faire la moitié. J’irais jusqu’à Salamanque. Une petite boule au ventre à l’idée de partir une nouvelle fois, seule, sur les chemins. Mais l’envie de partir est la plus forte. Plus forte que la peur.

Mon mari voulait m’accompagner, mais trop loin, trop espagnol, trop peur du Covid, trop long, trop compliqué… Il a raison, trop, c’est trop. Une nouvelle fois, je partirais seule. J’aime ce tête à tête avec moi-même, avec la nature, avec les autres pélerins. Sur ce chemin, il y aura peu de français, mais, ça aussi, ça me plaît. Ainsi, le dépaysement est complet.

J’ai besoin de me confronter à mes limites. J’ai besoin d’air. J’ai besoin d’espace. Je n’ai pas, Lilie, comme toi, des obligations par rapport à mes parents. Ils ne sont plus. Mes enfants, bien sûr, me réquisitionnent, mais un mois, c’est vite passé. Ils sauront faire sans moi. Le plus difficile, c’est pour mon mari. Pour autant, je suis convaincue que c’est bénéfique pour nous deux. Pour le moment, ça grince.

La voix de Lilie

Une belle journée nous est offerte aujourd’hui. Une journée d’été bienvenue après toute cette grisaille et cette froideur. Nous pouvons enfin déjeuner dehors. Prendre l’air. Est-ce que la vie nous offrira aussi une embellie après toutes ces mauvaises nouvelles ?

En février nous sommes entrés dans le signe chinois du boeuf. C’est mon signe. Il revient tous les 12 ans. Depuis cette date, les mauvaises nouvelles affluent. J’aimerais bien que ça s’arrête. Je finis par avoir peur de la suite. Je n’ai pas de projet comme toi Graine pour me tenir debout. Pour l’instant je navigue à vue dans toutes mes obligations. De salariée, de fille, de mère, de femme. Qui suis je vraiment en dehors de ces masques ? Ce soir j’ai entendu une métaphore de poupées russes. Lorsqu’on ouvre chaque poupée, celle de la salariée, puis celle de la fille, celle de la mère, celle de la femme, est ce que l’on trouve enfin la toute petite poupée au fond ? Ou a-t-elle disparu dans les autres ? En ce moment la petite poupée n’a pas le temps d’exister.

Cette année semble plus difficile à vivre que l’an dernier. Le confinement commence à se faire sentir. La société devient de plus en plus violente. Les gens fragiles saturent, deviennent fous. Les autres fatiguent, deviennent tristes. Heureusement la jeunesse se relève vite et retrouve ses marques, bars, restaurants, magasins pris d’assaut. Aujourd’hui nous sommes allés au cinéma, nous étions 5 dans la salle. Le chemin va être long pour retrouver la sérénité.

30 mai – La fête des mères

La voix de Graine

Aujourd’hui, dimanche, c’est la fête des mères.

J’ai longtemps détesté ce jour. Ce jour de la mère dévouée, parfaite. Je ne me suis jamais reconnue dans cette image d’Epinal. Peut-être aussi parce qu’être cette mère exemplaire, ça voulait dire qu’on n’était plus rien d’autre. Ecartelée entre le boulot, les enfants, le mari, que restait-il, comme temps pour être soi, pour fréquenter ses amies, sortir… De toute manière, dès qu’un jour précis est posé pour honorer une cause ou une personne, c’est qu’il y a anguille sous roche. La journée des handicapées, la journée des femmes, et j’en passe. Avec l’âge, je m’assagis. C’est sûr que j’ai moins de pression en tant que maman qu’il y a 20 ans.

La fête des mères aujourd’hui, c’est un beau bouquet de pivoines rose pâle de la part de ma fille. Mon fils, nada. Il n’a pas eu le temps. C’est mon mari qui a préparé le repas en grande partie. J’ai eu le plaisir d’avoir mes enfants et mes petits enfants pour le déjeuner, et la coiffeuse est passée ce matin pour me faire une nouvelle tête. Je suis donc une Maman heureuse et plus du tout rebelle. Avec le temps, tout s’arrange. Au tour de ma fille et de ma belle-fille d’expérimenter ce rôle de mère sans y perdre leur âme, leurs envies, leurs amies.

La voix de Lilie

Inversement j’ai longtemps aimé ce jour où mes enfants se réunissaient autour de moi avec ou sans cadeau, ce n’est pas l’important. Leur présence ce jour-là m’importait. Et savoir qu’ils s’étaient entendu pour m’offrir un petit quelque chose me faisait chaud au cœur. Mais cette année je sens qu’il est temps de passer le flambeau. Celle qui est mère, qui en a la responsabilité, le souci, le travail, c’est ma fille et bientôt ma belle fille. Il est temps de s’effacer de ce rôle de mère et de me contenter d’être leur soutien quand ils en ont besoin.

C’était un beau dimanche ensoleillé, les enfants étaient presque tous là, les petits enfants se sont égaillés dans le jardin. Nous avons déjeuné et passé toute la journée dehors, au soleil. Ma fille a même pris un coup de soleil. Une belle journée, tous ensemble. 3 générations de mères et une petite fille qui le deviendra peut-être un jour. Le bonheur.

Puis ce soir, un homme armé a tué une femme et blessé deux hommes, juste au dessus de chez nous. Comment imaginer que des armes soient en possession de personnes qui peuvent vous croiser dans la rue ? D’hommes alcoolisés, pervers ou simplement cruels. Où sommes nous en sécurité ? Pourquoi, et surtout comment, se procurer une arme est devenu monnaie courante ?

29 mai – un samedi ensoleillé

La voix de Graine

Enfin un week-end qui s’annonce sous le signe du soleil! Cela fait du bien. Profites-en, Lilie, tu en as besoin. Ça ne soulagera pas ton Papa, mais si tu veux l’aider au mieux, tu te dois d’être en forme.

Aujourd’hui, nous avons petit-fils. Annoncé à 9 h, il arrive à 10 h. Il est malade. Il a attrapé la maladie pieds-mains-bouche. De la fièvre, des petites vésicules dans la bouche, et partout sur le corps. C’est bénin, mais c’est très contagieux. J’espère que nous ne l’avons pas attrapé!

Appétit en berne, ce n’est pas notre petit-fils habituel. Îl joue, comme tous les petits qui sont malades, mais il est fatigué. Pour ce qui est de dormir, c’est une autre histoire. Ce matin, je l’amène voir le manège avant de faire mon marché. Il s’endort. Et se réveille dès que je réintègre l’appartement.

Après le repas, devant notre impuissance à l’endormir, rebelotte, nous reprenons la poussette. Et effectivemnent, il s’endort. 3/4 h de sieste, c’est peu, mais mieux que rien. En fin d’après-midi, nous ressortons une nouvelle fois. Il s’endort à nouveau, avant l’arrivée de Maman. Contrairement à ce qui était prévu, nous ne le garderons pas cette nuit. Sa Maman veut s’en occuper, même si ça signifie qu’elle risque de passer une nouvelle nuit difficile. Ce que c’est d’être parent.

La voix de Lilie

C’est curieux, ce doit être dans l’air, petit fils a eu la même maladie la semaine dernière. Une chance, il ne l’a pas passée à sa sœur.

Le beau temps donne des envies de dehors. J’ai décidé de replanter en terre la clématite offerte par une graine qui s’acclimate à sa future place depuis un mois. J’espère qu’elle se plaira. L’après-midi nous allons acheter un trampoline pour faire la surprise à petit fils qui vient demain. 2h dans le jardin au grand air pour le monter. On est content du résultat et surtout fiers d’avoir réussi.

Quelques courses et le début de la préparation du repas de demain que déjà sonne la fin de la journée.

28 mai – Vendredi soleil

La voix de Graine

Le vendredi, c’est la fin de la semaine de travail pour ceux qui sont en activité, et un changement de rythme aussi pour ceux qui ne travaillent plus. Le week-end, c’est le moment de faire autre chose, de voir amis, enfants, famille, de sortir quoi. Ce que nous faisons a minima depuis tellement de temps.

Pour moi aujourd’hui, c’est la poursuite du déconfinement. Première pizza à l’extérieur ce soir. Qu’est ce que c’est bon une pizza en terrasse avec un verre de vin! Et en plus, il fait beau.

La journée passe vite: ménage et courses ce matin, car nous gardons petit-fils ce week-end. Cet après-midi, je vais rendre visite à mes handicapés. Odile est triste. Le nouveau chef de service, arrivé depuis deux mois à peine, est parti. Sans vraiment dire ce qui n’allait pas pour lui. Si les résidents sont tristes, les employés sont inquiets. Le responsable de service précédent était là depuis trente ans, je crois. Ceci explique certainement cela.

Comble de malchance, pas question de sortir aujourd’hui, car il n’y a pas assez de personnel. Le protocole n’autorise pas la sortie d’un bénévole seul avec un résident. Nous sortons sur la terrasse. Il fait chaud, mais au moins nous sommes dehors. Des plantations de fraises et de tomates. Tiens, un chien. Il y a beaucoup d’humanité dans ce lieu d’accueil. Peut-être cela peut dérouter certains et plaire à d’autres. La personnalité de l’ancien responsable de service y est pour beaucoup, je pense.

Je parle à Odile de la fête des Mamans, du Louvre, de l’île St Louis où sa Maman habitait. La prochaine fois, je lui amènerais un livre d’artiste, catalogue de musée ou autre. Pour voir si elle connaît, si elle apprécie. Avant de partir, je lui demande si elle veut voir des photos. Elle m’en indique une. Avec une des employés, j’apprends que c’est sa grand-mère. Elle n’était pas commode, il paraît, dit l’employée. Elle avait son caractère. Odile jette la tête en arrière en éclatant de rire. « Dieu ne doit pas s’ennuyer avec elle », lui dis-je et elle repart à rire de plus belle! Son éclat de rire me surprend et me fait plaisir. Combien de ressources et d’émotions insoupconnées chez elle? Comme moi, comme nous!

Ce soir, j’ai rendez-vous pour un atelier d’écriture avec ma copine.

La voix de Lilie

C’est la fin d’une semaine de travail démarrée un jeudi. J’ai la tête ailleurs. Passe beaucoup de temps à appeler ma sœur, ma nièce, le médecin, mon père. La situation est complexe. La souffrance toujours là. Les médicaments de plus en plus forts calment à peine. Mal mystérieux sans véritable diagnostic. La médecine reste une science humaine, pas une science exacte. Cela me fait peur pour mon propre avenir. La souffrance est une chose que je ne veux pas subir et voir comment elle est, actuellement encore, mal gérée par le corps médical est effrayant.

J’essaie de me détendre le soir en m’abrutissant de jeux sur mon téléphone. Anesthésie du cerveau. Perte des repères.

27 mai – les terrasses fleurissent dans les rues

La voix de Graine

Aujourd’hui, le beau temps est revenu sur Paris. Les terrasses débordent de mines réjouies et de verres bien remplis. Les masques sont absents. Qui aurait l’idée de boire un verre avec un masque?

Moi, de mon côté, je déconfine. Je profite d’un rendez-vous pour une mammographie à l’autre bout de Paris pour manger en terrasse, au soleil. Un croque-madame. En prime, j’ai droit à des frites et de la salade. J’aime. C’est mon menu rapide favori quand je suis en vadrouille. Pour rester raisonnable, je bois de l’eau.
Sur la lancée, je regarde les boutiques et je craque pour un tee-shirt de couleur. Premier achat de vêtement depuis …longtemps.

En fin d’après-midi, je reprends mon activité d’Arts plastiques. Je n’ai pas pu y aller la semaine dernière car je gardais mon petit-fils. Presque un retour à la normale. Je dessine des coquelicots. Laborieux. La mise en route est toujours longue chez moi. Je suis contente de retrouver les copines, de parler d’autre chose que du menu du déjeuner ou du dîner.

Mon moral avait bien besoin de cette journée qui me permet de renouer avec des habitudes agréables. Merci aussi à la chance et à l’honnêteté des gens qui m’ont permis de récupérer mon sac à main que j’avais laissé dans un magasin, par terre? dans le rayon? Assurément, j’avais la tête ailleurs.

La voix de Lilie

Assurément humains sont les gens ! 😜 La tête très ailleurs, il va falloir mieux se concentrer. Nous avons perdu certains repères, aller dans les magasins en est un, se fondre dans la foule un autre. Hier j’ai refusé d’aller acheter à manger dans un supermarché car il y avait trop de monde. Il me semblait voir une fourmilière. Alors nous avons trouvé une terrasse dans un village tout proche et déjeuner d’une pizza. Depuis plus d’un an, nous n’avons fréquenté que des petites structures, rapidement pour les courses de premières nécessité. Alors prendre le temps d’essayer un vêtement, et l’achat prend la place du sac oublié.

Aujourd’hui j’ai recommencé le télétravail mais le coeur et surtout la tête n’y sont pas. J’appelle plusieurs fois le médecin de mon père , sans réponse. Je délègue à ma sœur pour demain. Moi je n’en peux plus.

A midi nous partons à la mairie de la ville voisine. Nous avons rendez-vous avec mon mari pour refaire nos cartes d’identité. Il y a un mois, j’ai fait la pré-demande sur internet. Cela consiste à recopier dans un formulaire tout ce qu’il y a sur la carte d’identité. Plus téléphone et email. Ensuite j’ai pris ce rendez-vous, pas disponibilité avant un mois. Nous y sommes. 13h25. La porte coulissante s’ouvre. Je fais un pas à l’intérieur. Une femme me renvoie dehors sans ménagement, ni bonjour ni formule de politesse. Ce n’est pas ouvert. A 13h30 elle nous fait entrer et nous installe à son bureau. Elle me demande de lui envoyer par mail les pré-demandes….. Puis elle resaissit tout…. Puis elle imprime, colle les photos, emprunte des 8 doigts. Signez en bas, avec votre propre stylo noir covid obluge. Signer le recépissé. Vous recevrez un sms dans un mois pour venir chercher vos cartes. C’est tout bon, vous pouvez y aller. 35 minutes sont passées. Au loin depuis un autre bureau, une dame nous lance un « au revoir monsieur, Dame, bonne journée ». Je lui rend la politesse. J’ai l’impression qu’elle l’a fait exprès pour viser sa collègue qui n’a pas décroché ni bonjour ni au revoir !

Je suis toujours étonnée de la lourdeur de ces processus. Pourquoi remplir une pré-demande si le document n’est pas pre-rempli et si même elle ne peut le retrouver sans un envoi de mail… Bref.

Il me semble que la France se désintègre à grande vitesse. Ou c’est moi qui vieillit, je ne suis plus adaptée. Quand même. Trop de process, trop de normes ont installé une grande complexité néfaste. Et induit des dépenses inutiles qui grevent les budgets et empêchent de fonctionner. Bientôt le blocage ?

26 mai – Mercredi pluvieux

La voix de Graine

Courage Lilie, tu as cette chance inouie d’avoir encore tes deux parents, et qui plus est, ont toute leur tête. Mais tu payes le prix fort. T’en occuper alors que tu es toujours en activité, ce n’est pas rien. D’autant que, je confirme, tout est compliqué, de contacter un médecin, de se diriger dans le dédale des démarches administratives…Ma chance à moi, c’est que je n’étais pas seule. Je pouvais partager avec ma petite sœur. Nous nous sommes épaulées l’une l’autre. Dis toi bien que tu fais ce que tu peux. Tu as le droit de vivre aussi ta vie à côté.

Mon père ne réclamait jamais. Il m’a plusieurs fois remercié pour ce que je faisais pour lui. Il m’était sincèrement reconnaissant de ce temps que je lui consacrais. Il m’a dit plusieurs fois.  » Je n’ai pas fait pour mes parents ce que tu fais pour moi ». Quand je me remémore la fin de sa vie, à tout ce que j’aurais pu faire, peut-être, et que je n’ai pas fait, je me souviens de ses mots. Et j’accepte de ne pas avoir fait plus. Ce que j’ai pu faire, c’est aussi grâce à mon mari, qui a accepté ce temps dédié à mon père, qui m’a soutenue.

Mes parents me manquent. C’est dur d’être en première ligne. A part les copines, il n’y a plus personne à qui on peut dire « Je n’en peux plus ». Il faut sans arrêt garder la tête haute, regarder devant et avancer.
Heureux temps de l’enfance où nous avons le droit d’avoir peur, d’avoir mal, d’avoir besoin d’un proche pour nous réconforter.

Ma petite fille qui court dans les flaques, qui joue avec le sable mouillé, qui dessine, qui se précipite sous la table , une fois son repas terminé pour s’accrocher à mes pieds, histoire de capter l’attention tout de même. J’aime sa fraîcheur, son enthousiasme, son effervescence, sa curiosité, sa créativité, son énergie. Comment faire pour retrouver un peu de ces qualités qui m’échappent dans les grains du temps qui passe?

La voix de Lilie

Le temps est venu de rentrer chez moi. Je ne suis pas sereine. Beaucoup de choses à faire d’ici tout en travaillant. Les activités reprennent et déjà je me demande si j’ai vraiment envie d’y aller. Tant de choses à m’occuper par ailleurs et si peu de temps disponible. Chaque démarche demande de s’y reprendre à plusieurs fois car il manque toujours quelque chose ou les personnes ne sont pas joignables. Tout est lourd.

Heureusement moi aussi j’ai une petite sœur et nous nous épaulons. Mais elle a un travail difficile, elle sort à petit pas d’un burn out et elle a encore ses enfants à orienter dans leurs études. Elle aussi fait ce qu’elle peu. Nous avons aussi un frère qui se prélasse dans sa nouvelle vie au bout du monde. Pas de parents, pas d’enfants, pas de travail. Que du bonheur.

Demain j’appellerai le spécialiste pour lui rappeler de faire ce qu’il m’a promis de faire aujourd’hui et qu’il n’a certainement pas fait puisqu’il devait me donner le résultat. Et je recommencerai encore et encore. En travaillant. Mon esprit est occupé à tout ça, comment reprendre le travail ?

Quelquefois je me demande si je vis véritablement ma vie. Ou si l’extérieur m’impose une vie. En ce moment aucun choix ne vient de moi. Le travail, les parents, les papiers, la maison, sans parler du confinement. Que me reste-t’il ? Qui décide de tout ce qui arrive et dans quel ordre ? Vaste sujet. Qui juge bon de faire souffrir ou d’emporter d’un coup ?

25 mai – Déconfinement en cours

La voix de Graine

Aujourd’hui, malgré le temps maussade, je poursuis mon déconfinement. Visite d’une exposition dans une gallerie sur l’invitation d’une copine de mon atelier d’Arts plastiques. Une graine m’y rejoint. C’est agréable de se retrouver. C’est agréable de voir une exposition. C’est agréable de flâner dans Paris. C’est agréable de boire un verre en terrasse. De menus plaisirs qui font du bien. Nous prenons plaisir à échanger. Nous parlons des personnes âgées qu’il faut prendre en charge, même si elles refusent. Nous parlons aussi des enfants, des petits enfants, de la vie. Des discussions de femmes, de filles, de Mamans.

Je rentre à pied chez moi. Le temps est bien tristounet, mais il ne pleut pas.

Ce matin, j’ai esquissé un dessin, sorti les affaires de peinture, mais pas moyen d’aller plus loin. Ce soir, après le repas, je vais préparer ma palette et mettre de la couleur.

La voix de Lilie

C’est compliqué de prendre en charge un parent quand on travaille et qu’on habite loin. Tu es passé par là Graine, moi je découvre.

La province et son manque de médecin. L’objectif est d’avoir une ordonnance de renouvellement de médicaments et de demander au généraliste d’appeler le centre hospitalier. Depuis 4 jours, je passe chaque matin au secrétariat : elle note sur son cahier, le médecin est parti en centre de vaccination les 2 1ers jours, elle me rappellera dès qu’elle aura le message. Elle ne rappelle pas. Je repasse. Re cahier, re pas d’appel. Le 4ème jour, j’insiste car je vais devoir repartir. L’assistante obtient l’ordonnance. Impossible de voir, le médecin, elle est surbookée. Pourtant elle connaît le dossier, elle sait que ce n’est pas un rhume.

Côté aide à domicile, un dédale de démarches, un vocabulaire abscons. Il faut envoyer un dossier à la caisse de retraite. Laquelle ? Où trouver les papiers ? Pour obtenir quoi ? Je suis dépassée. Comment font les personnes seules ?

C’est ça la France dont on vante le système de santé et de solidarité ? On laisse souffrir des gens parce qu’on n’a pas les moyens d’avoir assez de médecins. Il faut des mois pour monter un dossier d’aide.

En passant, les repas prévus de samedi à lundi n’ont pas été livrés. Congés avec oubli de remplacement. Mardi, ils ont trouvé les personnes âgées mortes de faim. Une chance, nous étions là ce week-end…

Du coup, j’ai un peu honte de penser à sortir ou m’amuser. Mon père pleurait lorsque je suis partie.

24 mai – Un lundi pas comme les autres

La voix de Graine

Retrouver le dehors malgré le temps incertain. C’est le programme d’aujourd’hui.
Une bonne nuit, une séance de respiration, une séance de méditation, un jogging…et je refais surface.

Si je laisse faire, la vie avec mon mari est ennuyeuse et triste. C’est dur à dire, mais c’est la vérité. Oui, comme tu dis Lilie, mêmes besoins chez beaucoup de femmes: envie d’escapade, envie de rire, envie de revivre. Besoin de se sentir vivantes tout simplement dans le temps qui nous reste quand nous nous sommes occupées des personnes qui nous entourent. En fait, nous devons apprendre à être égoïstes, à garder un peu de temps et d’énergie pour nous, pour nous permettre de sortir la tête de l’eau dès que c’est possible.

Cet après-midi, une sortie est prévue. Et ça me fait du bien au moral. J’ai passé du temps ce matin à chercher. Nous optons pour le cinéma « Adieu les cons ». Même si porter le masque au cinéma, ce n’est pas top, nous passons un bon moment.
Après le cinéma, je réclame ma terrasse et ma bière que j’obtiens .

Ce matin, ma petite-fille est allée au musée du Louvre avec sa Maman. Elle a adoré. Elle est pressée de nous raconter au téléphone tout ce qu’elle a vu: La Joconde, les momies, les sphinx, la statue de Jules César. A 11 ans, ma fille écrivait dans ses rédactions qu’elle détestait les musées où ses parents l’obligeaient à aller…Ma petite fille a 5 ans. Que dira-t’elle dans 6 ans? Comme le temps passe vite!

La voix de Lilie

Ce matin nous finissons de nettoyer la piscine chez mon père. Au karsher pour enlever le calcaire après avoir enlevé les algues hier à l’épuisette. Hier nous étions 5 pour le faire, aujourd’hui 2. Voilà une bonne séance de sport ! Nous sommes contents du résultat. Il ne restera plus qu’à la mettre en eau lorsque mon père le décidera.

Ma cousine a préparé un couscous pour midi et nous la retrouvons après notre décapage de piscine. Il fait beau et chaud. Nous mangeons sur la terrasse. Qu’est-ce que c’est agréable de prendre l’air.

Dans l’après-midi nous allons faire un tour dans les villages alentour pour nous détendre de toute la pression de ces derniers jours. Nous trouvons une terrasse pour prendre une boisson et se poser un peu. Petits bonheurs simples que nous retrouvons. A Paris c’est plus difficile de profiter car le temps ne veut pas déconfiner… Ici la douceur de l’air le permet, même si je n’ai jamais connu de mois de mai aussi frais dans le midi. D’ailleurs les herbes sont vertes et hautes, des champs entiers de coquelicots bien nourris s’offrent à nos regards. Jamais je n’ai vu autant de vert en cette saison.

C’est vrai, Graine que nous devons trouver nous même comment nous distraire, où sortir, où partir. Nos hommes n’éprouvent pas (ou plus) l’envie de mettre de l’imprévu dans notre quotidien, de nous montrer qu’ils pensent à nous faire plaisir. Nos hommes sont là, près de nous et nous secondent lorsque nous sommes dans le besoin, c’est déjà beaucoup. Ne soyons pas trop exigeantes. Alors à nous d’oublier ce rêve et de trouver en nous les ressources pour nous offrir ce qui nous manque et nous épauler les unes les autres. Les rires, la nouveauté, les surprises, les petites attentions, les petits cadeaux, les projets, sont peut-être réservés aux jeunes couples. Et aux groupes d’amies de tous âges !

23 Mai – Dimanche

23 Mai – Dimanche

La voix de Graine

Aujourd’hui, c’est dimanche. Les enfants viennent manger, avec les petits. Mon mari part faire les courses puis part faire son jogging. Pas de jogging pour moi: je m’abstiens. Je me concentre sur la préparation du plat: du veau Marengo.

Malgré la fatigue, le repas de famille me fait du bien. Les enfants et petits enfants ont bon appétit. L’ambiance est détendue. Cela fait pas mal de temps que ne nous étions pas retrouvés tous ensemble. Les petits sont complices. Les grands papotent. Et moi j’écoute et je m’active. Avec les enfants, nous évoquons les souvenirs aussi. Le début de l’école primaire. Le temps passe si vite.

En fin d’après-midi, je pars faire une grand balade sur la coulée verte, seule. Il fait beau. Rare, ces derniers jours. Pour m’y rendre, je passe devant les terrasses où les parisiens profitent du dehors et du temps agréable. Sur la coulée verte, beaucoup de rosiers grimpants, des rosiers non grimpants, des iris magnifiques, des rhododendrons…Je rentre en passant devant le cinéma du quartier. Ce serait bien, une séance de cinéma. La dernière date de …je ne sais même plus, le printemps dernier peut-être! Un musée, ce ne serait pas mal non plus. A planifier dès demain.

En rentrant, je prends le temps d’une méditation. J’en ai bien besoin.

La voix de Lilie

Dimanche. Il fait beau, alors entre deux espaces temps parentaux, nous prenons un café en terrasse, ma soeur et moi. Envie d’escapade, envie de rire, envie de revivre. Mêmes besoins. Finalement toutes les femmes se ressemblent. Ou alors on ne connaît qu’une sorte de femme. Les terrasses de ma ville sont prises d’assaut avec cette douceur soudaine.

Dans l’après-midi nous allons nettoyer la piscine de mon père. Nous retrouvons la fille de sa compagne et son mari. L’objectif de cette rencontre est de prévoir ensemble l’avenir de ce couple âgé qui dégringole peu à peu vers la dépendance. C’est difficile pour eux comme pour nous. Décider pour son père, imposer quelque fois, bousculer leur quotidien. Lorsque celui qui vous a élevé et guidé se retrouve à dépendre de vous. Je me mets à sa place aussi. Surtout rester chez soi le plus longtemps possible. Toutes les démarches nous incombent, ils ne sont plus capables. Il faut dire aussi que tout est complexe en France… Je vais avoir encore une semaine compliquée.

Je suis épuisée entre un père qui diminue et une mère qui demande beaucoup plus que je ne peux donner.

Alors avant le repas du soir, après avoir raccompagné ma soeur à la gare, on prend un peu de temps mon mari et moi pour boire un verre en terrasse. C’est tellement agréable de pouvoir le faire à nouveau.

Retrouve le moral Graine, lorsque je rentrerai une échappée filles sera la bienvenue. Pour le dernier film vu au cinéma, pour ma part, c’est celui que nous avions vu ensemble sur le chemin de stevenson. Il me reste des billets périmés cause confinement. Il faudra que je regarde s’ils sont quand même utilisables…

Cette semaine, les activités reprennent, hélas je ne suis pas rentrée pour y aller. Peut-être la semaine prochaine….

22 mai 2021- pèle mêle

La voix de Lilie

Conditionnée. Au point de m’essuyer les pieds sur le paillasson lorsque je sors. Le seul fait de poser les pieds dessus, et hop on frotte machinalement.

Il me semble en ce moment fonctionner en pilotage automatique. Je pose les clefs, le téléphone. Je ne me souviens plus ni où ni quand. Le corps effectue des tâches sans contrôle du cerveau. J’ai du mal à accepter ce manque de concentration. Trop d’écrans, trop de choses à penser ? Ou seulement la vieillesse qui arrive et fait des trous dans les neurones ?

A la boulangerie ce midi, un couple devant moi vient chercher du pain pour 16 personnes. Anecdote sans conséquence habituellement, sauf que cette année, 16 personnes qui se retrouvent ce n’est pas courant. Une chance, ils me laissent une baguette !

La ville a repris ses couleurs, les terrasses sont bondées. Il faut dire qu’il fait doux ici et le soleil joue à cache cache avec les nuages. La vie a repris son cours, je me demande où était caché tout ce monde avant le 19. Chacun chez soi.

Lorsque vous revenez dans votre ville de naissance où habitent encore vos parents, vous faites un bon en enfance.

La voix de Graine

Une journée qui commence à 6 h 30 avec un biberon et un petit chou qui vient dormir avec nous. Il a réveillé sa cousine qui accepte de jouer gentiment dans sa chambre. Nous grappillons 2 h de somnolence au lit. Le petit s’est rendormi. Il se réveille à 9 h quand j’essaie de le remettre dans son lit. La cousine en a marre d’attendre le réveil du petit!

Quand ma fille passe chercher sa fille, le petit croit que c’est sa Maman qui vient le chercher. Déception! Quelques minutes, il repart à jouer comme si de rien n’était. Après le départ de la petite – il y a activité « musique » le samedi matin – je tente une escapade avec le petit en profitant de la sortie de mon mari pour va faire les courses. Une petite bruine me décourage de passer au square. Tout sera mouillé. Ce n’est pas cool. A défaut, nous allons voir le manège d’à côté, puis nous faisons le tour du marché, histoire de prendre l’air.

Je prépare le pistou au cerfeuil avec petit-fils sur les genoux tandis que Papy passe l’aspirateur. Avec des raviolis et du poisson frais, le repas est vite prêt. Papa appelle. Ils arrivent, les parents. Nous ne les attendons pas pour manger. Ils auront droit au 2ème service.

Ma fille nous dépose la petite en début d’après-midi. Elle va visiter des maisons…La petite préfère rester avec son cousin. Cousin qui repart avec ses parents un peu plus tard…
Affalés sur le canapé, nous nous posons et nous regardons « Kirikou et la sorcière » avec la petite. J’ai casté Youtube sur la télé avec mon portable. Le son est assez moyen avec quelques micro-coupures. Mais c’est agréable tout de même. Je joue au solitaire en parallèle. Je me sens vidée.

Puis, Papy joue avec sa petite fille au « Qui est-ce ». Je soutiens la petite en coloriant un dessin géométrique improbable. Je suis vannée. Je n’arrive toujours pas à bouger. Ma fille repasse prendre sa petite. Je ne la retiens pas. Je n’ai plus aucune énergie, même pas celle de sortir pour aller grignoter quelque chose dehors. En plus, il fait moche.

Je me laisse aspirer par les idées noires et les tâches ménagères. Demain, les enfants viennent manger. Mon mari questionne « Qu’est-ce qu’on fait à manger demain? ».J’aimerais avoir des questions autres du style « Où sortons-nous manger ce soir?  » , « si on allait au cinéma? »Mais ça ne viendra pas. Ce n’est pas le style de la maison. Je ne trouve même pas l’énergie pour ouvrir le blog. Le jeu de solitaire en boucle en regardant la rétrospective sur la Star Academy. Aujourd’hui, c’étaient les obsèques de la Mamie de nos voisins à la campagne. Un très vieille dame qui n’allait pas bien du tout. Mes voisins sont de religion protestante. Je ne sais pas comment exprimer ma sympathie. A priori, les fleurs ne sont pas de mise. J’enverrais une carte de condoléances, plus tard.

Me reposer, décompresser, sortir et rire. Pas d’autre recette pour voir la vie en rose. La ville m’étouffe.

21 mai 2021- Jour 2

La voix de Lilie

Les grilles du restaurant sont entrebaillées pour laisser la place à une table qui sert de comptoir de commande. Personne ne rentre dans la salle. Depuis plusieurs mois, ce restaurant ne sert que des menus à emporter. Chaque jour son plat. Le vendredi c’est couscous. On apporte ses propres gamelles, ou bien ses assiettes et ils les remplissent. C’est surprenant comme façon de faire, et en même temps plus écologique que des barquettes en carton qui finissent directement à la poubelle. Ils n’ont pas encore réouvert la terrasse, la formule fonctionne bien. Peut-être attendent-ils la réouverture complète. A 14h, on tire la table et les grilles se referment jusqu’au soir.

Jamais on n’aurait imaginé les restaurants fonctionner comme on a pu les voir cette année. Les normes ont volé en éclat. Est-ce que demain les consommateurs auront le choix dans les restaurants entre un déjeuner sur place ou à emporter ? Est-ce que les normes redeviendront plus strictes ? Concurrence, sanitaire et tout ce qui peut bloquer plus ou moins utilement l’inventivité.

Une année surprenante, inventive. Un nouveau chemin de vie.

La voix de Graine

Froid et averses même si les températures grimpent, un peu. Nous sommes au mois de mai tout de même! De ce côté là, la vie d’après ressemble beaucoup à la précédente.

Ce matin, mon mari se fait vacciner – Azra Zeneca et moi je bois mon 1er café en terrasse. 1er pas dans la vie d’après. Le café est bon. Le serveur est agréable et il m’amène un verre d’eau sans que je le lui demande. C’est au retour de la crèche où j’ai déposé petit fils, en retard, puis galéré pour plier la poussette – un appel rassurant aux parents pour avoir les explications! Je redécouvre la vie avec un petit. C’est épuisant et exigeant. Les derniers 3/4 de la nuit, il les a passé dans notre lit, le chanapan. Heureusement qu’il est craquant.

Je découvre ses parents, mon fils, mon tout petit devenu grand, Papa à son tour. Et ma belle-fille, Maman Poule jusqu’au bout des ongles, vernis. Quand je vais chercher le petit à la crèche, en fin d’après-midi, après mon passage dans la maison d’accueil des handicapés, un coup de téléphone. Ce sont les parents qui veulent leur petit, lui parler. Il les reconnaît, leur fait coucou, envoie des bisous sans faire de drame.

Pour ouvrir la poussette, même combat que le matin. Heureusement, un Papa qui est là dans l’entrée m’aide. Je me décourage d’être aussi maladroite. Pour autant, ça ne m’avance pas plus. Je prends le bus car il commence à être tard et le temps est menaçant. Dans le bus, le petit chante, la la la…Il est heureux de vivre, mon petit bonhomme.

Ce soir, nous avons les deux cousins. Elle fait le pitre et lui rit aux éclats. Ils prennent le bain ensemble. Ma petite fille tombe de sommeil. Et lui joue comme si de rien n’était. Aucun signe de fatigue. Il n’est vraiment pas prêt à aller se coucher. C’est une soirée pyjama. Il en profite, il ne veut rien lâcher. Quand ma petite fille vient pour lui dire bonsoir, il lui mord le ventre pour lui faire un câlin. Il a l’affection mordante. Il faut se méfier et ne pas le laissser faire.

C’est mon mari qui l’endort, ce soir. Aux alentour de 23 h.

20 mai 2021-Le premier jour de la vie d’après

La voix de Lilie

Impossible de me résoudre à abandonner ce journal. Il y a tant de chose à dire. Même si ce blog est plus intermittant que le précédent, il nous permettra d’y consigner encore, nos humeurs, notre vision du monde, nos ressentis. Se savoir proche aussi.

Alors j’ai tout préparé – à nos plumes, quand on veut, comme on veut.

La voix de Graine

Merci Lilie. Comme tu dis, impossible de se résoudre à fermer ce journal. Laissons-nous le temps d’explorer l’après, de tenter des jours avec et des jours sans. Donnons-nous le temps de réapprendre à vivre « normalement » . Et de poursuivre ce blog, ou pas.

Pour moi, aujourd’hui, c’est journée petit fils. Dès qu’il arrive à la maison, il s’accroche aux basques de sa Maman et la réclame en boucle. Il sait que ses parents vont partir. Malgré tout, leur départ et la journée se passent bien. De temps à autre, il va jusqu’à la porte en disant »Maman » et je lui répète que Maman est partie en vacances et qu’elle va revenir, demain. Repas, sieste, promenade, jeux au square, jeux avec Papy à son retour du bureau. Je suis contente d’avoir mon petit-fils. C’est l’occasion pour moi de retrouver avec lui une complicité que j’ai perdue. Il a beaucoup changé pendant ces 6 semaines. Et surtout, il a vécu 24 h sur 24 avec sa Maman. A présent, il mange tout seul. Il se débrouille bien, autant avec la cuillère qu’avec les doigts. En tout cas, il a bon appétit. Son vocabulaire s’enrichit de jour en jour. Ses mimiques aussi.

C’est le soir que c’est difficile. Son heure de sommeil: entre 22 h 30 et 23 h. Dur pour nous qui n’avons pas l’habitude. Cela fait des longues journées.

La voix de Lilie

Ce matin je refais à pied le chemin que je faisais petite fille pour rentrer de l’école. Je marchais avec ma cousine. Ou plutôt nous sautions les bras croisés ensemble dans le dos. Et nous nous racontions des histoires drôles de l’autre. L’autre fait ceci, l’autre fait cela. Ce n’était pas toto, c’était l’autre. Pas de nom, pas de sexe, pas de visage. L’autre, qui nous faisait rire aux éclats le long du chemin. Cinquante ans sont passés. Oui 50. Un chiffre énorme. Nous passions devant le gymnase qui a peu changé, puis en face du cimetière, qui s’est étendu sur 3 fois sa longueur… Il reste un petit terrain avant la première maison, pour l’étendre une dernière fois. Le murier, plus vieux que moi est toujours là. Après le croisement, à gauche les ronces à mûres ont disparu, comme le petit filet d’eau sur lequel nageaient les araignées d’eau et naissaient les têtards que l’on entend, si on prête l’oreille, gargouiller en souterrain. Et voilà la maison de mon enfance en vue. J’en profite pour prendre une photo ou 2. Je suis contente de ma balade, il fait soleil, je suis bien. Un peu plus jeune le temps d’un trajet. Nostalgie, quand tu nous tiens.